Texte

Ce troisième numéro de la revue Reflexos est conçu comme un volume d’hommage à Christophe Gonzalez, professeur des Universités à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, à l’occasion de son départ à la retraite. Selon une tradition universitaire solidement établie, il rassemble des contributions offertes par des collègues, chercheurs et chercheuses, dont les travaux entrent en résonance avec les grands axes de recherche qui ont jalonné son parcours scientifique. Les articles réunis témoignent de la diversité des approches et des champs disciplinaires qui caractérisent les études lusophones et ibériques. Ils abordent des problématiques relevant de la linguistique, de la littérature, du théâtre, de l’histoire culturelle et politique, de la traduction et de la didactique, de l’époque médiévale à la période contemporaine. Plusieurs contributions s’inscrivent dans une perspective comparatiste, mettant en lumière les circulations de textes, de modèles esthétiques et de pratiques culturelles entre espaces lusophones et hispanophones. Une attention particulière est portée aux formes et aux enjeux du baroque ibérique, à l’éloquence sacrée, au théâtre et à la réécriture des genres, domaines qui furent au cœur des recherches de Christophe Gonzalez. D’autres études interrogent les relations entre littérature et histoire, la voix narrative, les conditions de production et de réception des œuvres, ainsi que les effets de la censure, de l’exil ou des régimes autoritaires sur la création littéraire et la traduction. Rédigé en portugais, français, espagnol, ce numéro reflète la richesse et la pluralité du champ lusophone et entend offrir un panorama représentatif des questionnements actuels qui le traversent.

Le volume s’ouvre sur une contribution de Michel Banniard, qui propose une analyse fine d’une charte de Salerne datée de 837. À travers l’étude du diasystème communicationnel du document, l’auteur met en évidence la complexité des usages linguistiques et scripturaux dans un contexte médiéval marqué par la coexistence de plusieurs codes. La réflexion linguistique se poursuit avec l’article de Renaud Cazalbou, consacré aux formes du pronom complément indirect en espagnol (le lo, ge lo, se lo). En examinant leur fonctionnement et leur évolution, l’auteur éclaire les tensions internes du système morphosyntaxique espagnol. Dans une perspective philologique et littéraire, Margherita Orsino revient sur l’expression énigmatique « il loco varo » dans le chant IX de l’Enfer de Dante, en interrogeant son interprétation et ses implications sémantiques et symboliques, notamment à la lumière du toponyme d’Alyscamps. Javier Pérez Bazo s’attache ensuite à définir le baroque historique comme catégorie esthétique. Son article propose une réflexion terminologique et conceptuelle visant à clarifier les usages critiques de la notion et à en mesurer la pertinence pour l’analyse des productions culturelles de l’époque moderne. L’étude de Felipe Lima da Silva s’inscrit pleinement dans les préoccupations baroques chères à Christophe Gonzalez, en analysant l’éloquence allégorique silencieuse dans l’œuvre du Padre António Vieira. L’auteur montre comment le non-dit, le geste et l’image participent pleinement de l’efficacité rhétorique du sermon. Le théâtre baroque est également au centre de la contribution de Françoise Gilbert, consacrée à A secreto agravio, secreta venganza de Calderón. L’article met en lumière les jeux spatiaux et la dynamique de la prudence, éléments essentiels de la dramaturgie caldéronienne. Avec l’étude de Marie-Noëlle Ciccia, la réflexion se déplace vers la traduction et la réappropriation des genres. L’autrice analyse la traduction d’Athalie de Racine par Cândido Lusitano, montrant comment cette entreprise s’inscrit dans une perspective politique et culturelle propre au contexte portugais. L’histoire sociale et culturelle est abordée par Isabel Mendes Drumond Braga, qui s’intéresse à la place des animaux dans les villes portugaises à l’époque moderne. À partir de sources variées, l’article éclaire les pratiques urbaines, les représentations et les politiques publiques liées au monde animal. Cristina Duarte-Simões propose ensuite une étude des personnages anglais dans les comédies de Martins Pena, notamment Yes, mim diz asneiras…. L’article interroge la construction de l’altérité et les stéréotypes culturels dans le théâtre brésilien du XIX siècle. La contribution de Marie-Hélène Piwnik offre une analyse littéraire centrée sur la figure de Madame Marneffe, permettant de revisiter un personnage emblématique à travers une lecture attentive de ses enjeux narratifs et symboliques. Avec Rafael Souza Barbosa, la réflexion se déploie sur un plan historiographique : l’auteur examine la place accordée aux littératures portugaise et brésilienne dans l’Atlas historique et chronologique des littératures, mettant en évidence les logiques de hiérarchisation et de visibilité qui les structurent. La voix narrative est au cœur de l’article de Jeanne Broussal, consacré à Esaü et Jacob de Machado de Assis. L’autrice analyse les procédés de provocation du lecteur et l’impact de la voix du narrateur sur la construction du récit et sa réception. Carina Infante do Carmo s’intéresse à l’écriture de la mémoire sur un demi-siècle dans un contexte politique contraint, interrogeant les formes littéraires de la remémoration et du silence dans un « pays interdit ». Les enjeux de l’enseignement et de l’engagement intellectuel sont abordés par Viviane Ramond, qui étudie la revue néoréaliste Vértice et la réflexion pédagogique menée par Joaquim Namorado et Luís de Albuquerque sous le régime salazariste. La contribution de Marc Gruas examine les conditions de la traduction théâtrale sous la dictature portugaise, à partir de l’exemple des Parents terribles de Jean Cocteau, mettant en lumière les contraintes idéologiques et les stratégies d’adaptation mises en œuvre par les traducteurs. Armanda Manguito Bouzy propose une analyse des relations entre le Portugal dictatorial le Portugal démocratique à travers la voix des exilés portugais au Brésil, en soulignant leur rôle dans les échanges culturels et les relations politiques internationales. L’article d’Emmanuelle Guerreiro s’appuie sur les archives de l’AFP et du Monde pour étudier les échos médiatiques de la Révolution portugaise, offrant un éclairage original sur la construction de l’événement dans la presse internationale. La contribution de Vera Maquêa explore les liens entre langage, littérature et politique dans Xigubo de José Craveirinha, mettant en évidence la portée esthétique et idéologique de l’œuvre dans le contexte mozambicain. Enfin, Jean Nimis clôt le volume par une réflexion sur la voix narrative chez Antonio Tabucchi, en analysant ses effets sur le lecteur et les modalités de l’énonciation romanesque. Le numéro s’achève par une section de fiction, avec le texte Maíra de Carlos Méro, qui prolonge, sur le mode créatif, les questionnements esthétiques et culturels traversant l’ensemble du volume.

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Référence électronique

Marc Gruas, Emmanuelle Guerreiro et Viviane Ramond, « Avant-propos », Reflexos [En ligne], 3 | 2016, mis en ligne le 30 décembre 2025, consulté le 16 mars 2026. URL : http://interfas.univ-tlse2.fr/reflexos/2692

Auteurs

Marc Gruas

Université Toulouse Jean Jaurès - CEIIBA

marc.gruas@univ-tlse2.fr

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