Introduction

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Texte

Le premier dossier de ce numéro inaugural de la revue Reflexos s’appuie sur la notion de « Bibliothèque antérieure », empruntée à Tiphaine Samoyault (L’intertextualité : Mémoire de la littérature1), pour montrer comment les auteurs lusophones mobilisent leur héritage littéraire afin de le réinterpréter, le commenter ou le subvertir. En se basant sur des corpus couvrant différentes époques et l’ensemble de l’aire lusophone (Portugal, Brésil et Afrique lusophone), les contributions que nous publions ici révèlent la richesse des références et la complexité des dialogues que chaque texte entretient avec sa bibliothèque antérieure, tout en illustrant et enrichissant la notion d’intertextualité, qu’il s’agisse de son acception large (Julia Kristeva et Michel Riffaterre) ou d’approches plus restreintes (Gérard Genette, Annick Bouillaguet, Tiphaine Samoyault, Daniel Sangsue, Michel Schneider, Sophie Rabau et Linda Hutcheon).

Dans Parodie et pastiche des Lusíadas : des stances satiriques de Basílio da Gama au poème épique de Manuel da Silva Gaio, Marie‑Noëlle Ciccia analyse le rôle de Luís de Camões et de son épopée Os Lusíadas comme point de référence majeur pour la littérature portugaise. L’article distingue usages parodiques et pastichés et montre comment ces stratégies commentent et réinterprètent l’épopée originelle tout en produisant une innovation formelle et idéologique adaptée aux contextes historiques et littéraires du XVIIIᵉ et XIXᵉ siècle. Dans Eça de Queiroz dans la Gazeta de Notícias de Rio de Janeiro ou le journalisme palimpseste, Marc Gruas met en lumière la transposition de la pratique littéraire d’Eça de Queiroz dans le champ journalistique brésilien. L’auteur construit un réseau intertextuel où citations, références et allusions enrichissent la critique sociale et littéraire, illustrant la dimension analytique et créative de la bibliothèque antérieure.

Dans Le roman répond au roman ou la « Comédie Humaine » comme bibliothèque antérieure de Joaquim Paço d’Arcos, Armanda Manguito Bouzy montre comment Joaquim Paço d’Arcos s’inspire d’Honoré de Balzac pour structurer ses romans lisboètes. L’article souligne la transformation critique des typologies et structures balzaciennes, qui deviennent des outils pour représenter une société locale et pour interroger les relations entre modèle canonique et innovation romanesque.

Dans Mário de Sá Carneiro et les démones de la danse, Fernando Curopos examine l’usage de motifs symbolistes et esthétiques dans l’œuvre de Mário de Sá Carneiro, notamment autour de la danse et de la figure féminine. L’auteur mobilise des références antérieures pour élaborer une poétique de l’ambiguïté et de la modernité, articulant héritage et invention stylistique.

Dans Percursos e errâncias na obra de Saramago, Maria Helena Sansão Fontes montre que José Saramago transforme les héritages littéraires et historiques portugais en instruments analytiques pour interroger identité, mémoire et responsabilité sociale. La bibliothèque antérieure constitue un moteur de réflexion éthique et poétique au cœur de son œuvre.

Dans Bangue-bangue na roça ─ O cômico Mazzaropi e o faroeste, Cristina Duarte‑Simões souligne la réappropriation du genre western par Mazzaropi, qui transforme ses codes narratifs et visuels en instruments critiques et comiques tout en s’inscrivant dans le dialogue avec la tradition cinématographique transnationale brésilienne.

Dans Manuel António Pina, poeta (irónico e satírico) com memória, Carlos Nogueira analyse la manière dont Pina détourne les références littéraires pour produire une critique poétique et sociale, constituant une bibliothèque antérieure active et inventive.

Dans Chromatisme sous les tropiques, Mariza Martins Furquim Werneck met en évidence l’usage de la couleur et de la lumière dans les arts et la littérature lusophones, en particulier dans les contextes tropicaux. Ces motifs hérités des traditions européennes se réinventent localement, articulant mémoire esthétique et innovation.

Dans Canga de Horácio Bento de Gouveia – Do romance ao teatro radiofónico, Thierry Proença dos Santos et Sara Augusto analysent l’adaptation d’un récit littéraire portugais en pièce radiophonique. Ils montrent que le texte antérieur sert de base pour créer de nouvelles formes narratives et moduler l’expérience du public, illustrant la plasticité et la mobilité des bibliothèques antérieures à travers les médias.

Dans De Bello: velhas parábolas na ficção narrativa de Pepetela, Inocência Mata examine la réécriture de paraboles classiques dans un contexte africain lusophone, transformant un héritage ancien en matériau critique et poétique pour interroger l’histoire et les enjeux contemporains.

Enfin, dans Uma intensa disseminação: a África como locus na literatura portuguesa, Inocência Mata analyse les représentations de l’Afrique dans la littérature portugaise. Elle montre que ce lieu constitue un locus mémoriel structurant, révélant les tensions entre mémoire coloniale, enjeux identitaires et réinterprétation critique, et jouant un rôle central dans la création littéraire contemporaine.

Le second dossier, Crimes et Délits / Crimes et Châtiments, propose une réflexion sur les représentations artistiques du crime et de la justice dans le monde lusophone. Comme le rappelle Cristina Duarte‑Simões dans son introduction, il s’appuie sur des travaux issus des journées d’études de l’IRIEC et interroge les liens entre mémoire historique, fiction et critique sociale, laissant au lecteur le soin d’explorer la diversité des analyses proposées.

La section Fictions complète ce panorama avec des traductions et adaptations contemporaines inédites. Marc Gruas et Emmanuelle Guerreiro publient une traduction inédite en français de A Libélula (palavras para o Dr Carvalho) d’Ondjaki ; Christine Montech et Regina Antunes Meyerfeld proposent la traduction de neuf micronouvelles du recueil Cem mentiras de verdade de l’autrice brésilienne Helena Parente Cunha ; le nouvelliste portugais João Esteves Pinto signe Antes da noite, offrant un regard renouvelé sur la fiction lusophone contemporaine.

Ce premier numéro de Reflexos inaugure ainsi un espace de réflexion et de dialogue autour des cultures et des arts en langue portugaise, avec l’ambition légitime de mettre en lumière la richesse, la diversité et l’inventivité des textes et des recherches dans le domaine lusophone.

Notes

1 L’intertextualité – Mémoire de la littérature, Nathan Université, Paris, 2001, 127 p.  Retour au texte

Citer cet article

Référence électronique

Marc Gruas, « Introduction », Reflexos [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 02 janvier 2026, consulté le 07 mars 2026. URL : http://interfas.univ-tlse2.fr/reflexos/2691

Auteur

Marc Gruas

Maître de Conférences

Université de Toulouse Jean Jaurès – IRIEC Toulouse

marc.gruas@univ-tlse2.fr

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