Décrire l’expérience traduisante : la phénoménologie face aux défis des intelligences artificielles

Plan

Texte

Introduction

Les avancées technologiques ont profondément transformé nos pratiques : elles enrichissent nos compétences, améliorent nos services, mais posent de nouveaux défis dans un marché en constante évolution. Figurez-vous qu’à une époque où la machine à écrire était encore en usage, le logiciel de traitement de texte a lui aussi été perçu comme une menace lorsque les ordinateurs ont fait leur apparition (LADMIRAL, 1991, p. 6). Aujourd’hui, il est impensable de concevoir la traduction professionnelle sans la maitrise de la technologie.

Cependant, comme à chaque fois, cette évolution soulève – heureusement et inévitablement – des questions cruciales sur la place de l’humain dans les métiers de la traduction. Comment, face aux progrès de l’intelligence artificielle (IA) générative, les traducteurs peuvent-ils conserver leur rôle central dans un environnement de plus en plus automatisé ? Nous avons su nous adapter, persévérer. Cette force puise dans notre passion pour les mots, l’humain et les langues-cultures, nourrie par nos subjectivités. C’est pourquoi, une fois de plus, il est impératif de remettre les traducteurs au cœur de nos réflexions (SIMEONI, 1995). Nous sommes nos propres instruments de survie, ainsi que les garants de la bonne traduction, des ponts solides entre les langues-cultures, et il est essentiel d’en avoir pleinement conscience – et de guider les étudiants à reconnaitre, à rendre visible leur propre subjectivité à l’œuvre dans l’acte traductif –, afin de nourrir l’esprit critique, fondement de notre tâche.

En ce sens, dans une approche pédagogique interdisciplinaire qui introduit la phénoménologie – méthode philosophique descriptive en première personne – en traductologie, je présenterai une proposition d’outil pédagogique en cours d’élaboration qui s’inscrit dans la « traductologie productive » (LADMIRAL, 2019). Cet outil, pensé pour la traduction (écrite) littéraire et pragmatique, donne les rênes au je traduisant, afin de nourrir une réflexion approfondie sur son propre processus de traduction, ses perceptions et l’essence même de son travail, à partir d’une description à voix haute, hic et nunc, suivie de sa retranscription et de son analyse, en pratiquant une autoévaluation. Apprendre à traduire, c’est aussi se découvrir soi-même, exposer ses forces et ses failles, en mettant en avant pas seulement la lettre, mais aussi l’esprit.

Avant d’explorer cette approche à travers un exemple pratique commenté, je situerai d’abord le contexte dans lequel elle s’inscrit. Je commencerai par examiner le paysage français à travers les discours médiatiques sur les intelligences artificielles, entendues ici comme les applications de l’IA à la traduction – en particulier la traduction automatique (TA) et la post-édition (PE). Ensuite, quelques résultats de recherches académiques récentes seront présentés. Ce cadre permettra de mettre en lumière les défis actuels ainsi que les stratégies mises en œuvre pour y répondre. Finalement, l’approche phénoménologique, centrée sur le sujet traduisant et le processus de traduction, viendra enrichir ces analyses et pratiques par sa portée philosophique. Une brève introduction théorique précèdera un exemple pratico-théorique ayant comme corpus un petit extrait tiré du site web de Les Restos du Cœur – illustrant donc une pratique de traduction pragmatique. En valorisant la dimension subjective de l’expérience humaine, cette étude s’inscrit dans la lignée de professionnels, chercheurs et étudiants qui affirment que, face aux enjeux technologiques, la main et l’esprit humains demeurent irremplaçables.

1. Traduction et intelligences artificielles dans la presse écrite française (2024-2025)

Les débats sur les « nouvelles technologies » en traduction ne sont pas nouveaux, mais les médias offrent un bon indicateur des positions actuelles, en relayant divers points de vue d’acteurs de l’écosystème. En tant qu’acte de communication et outil d’internationalisation dans un monde globalisé, la traduction suscite des réflexions constantes. Depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, un tournant est perceptible : non seulement dans les pratiques traductives, mais aussi dans la manière dont la traduction professionnelle est perçue et consommée. Tout ceci a permis de faire connaitre la PE à un public non spécialiste.

Dans le domaine éditorial, l’IA générative impacte déjà la traduction de biographies ou d’ouvrages de développement personnel, reléguant les traducteurs au rang de post-éditeurs (COHEN, 2024). Dans le prolongement de cette tendance, la traduction de bandes dessinées et de webtoons suit cette même dynamique. Cependant, Anne Michel et Nicolas Docao, représentants des maisons d’édition Albin Michel et Hachette Livre, réaffirment l’importance du facteur humain en traduction littéraire. Parallèlement, certaines maisons anglo-saxonnes exigent désormais des traductions exclusivement humaines, une clause que l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF), qui réfute tout usage de l’IA1, souhaite intégrer en France. En écho à cette position, le Syndicat national de l’édition (SNE) plaide pour une transparence contractuelle sur l’usage de l’IA (COHEN, 2024). Enfin, des traducteurs littéraires tels qu’Éric Boury et Marie-Laure Martin s’opposent à l’usage de l’IA, estimant qu’elle ne peut saisir les nuances stylistiques et culturelles des textes, ce qui compromet l’authenticité de la traduction, en particulier dans les œuvres créatives. Ils estiment en outre que la PE appauvrit la richesse linguistique du texte littéraire (ABGRALL, 2025 ; COHEN, 2024).

Dans le domaine juridique, un décret de juin 2024 autorise l’usage de la TA par la police judiciaire. Pour la magistrate Béatrice Brugère, la traduction représente une dépense excessive, et l’IA permettrait d’en réduire les couts. Du côté des traducteurs, Marie-Christine Coelho en reconnait l’utilité dans certains cas, tout en soulignant la nécessité d’une révision humaine, notamment pour des raisons d’éthique et de responsabilité. Dans le même esprit, Caroline Subra-Itsutsuji souligne les menaces que l’IA pourrait représenter pour l’indépendance et l’impartialité des traducteurs judiciaires, liés par un serment (ABGRALL, 2025 ; VIENNOT, 2024).

Dans le secteur commercial, des entreprises comme Coursera, de cours en ligne, exploitent l’IA pour traduire leurs contenus à moindre cout. L’IA serait ainsi un moyen de réaliser le rêve d’une langue universelle, ouvrant des perspectives inédites, y compris pour les petites sociétés, affirme Cagan (2024). Mais cette avancée, avertit-on, comporte aussi des risques, notamment en matière de désinformation. Xiao Weiqing, professeure à l’Université de Shanghai, alerte également du danger lié à une mauvaise interprétation des nuances culturelles et idéologiques, ainsi que des subtilités linguistiques (CAGAN, 2024). Cette déclaration contredit les affirmations de l’entreprise italienne Translated, créatrice de l’IA Lara, présentée comme capable de justifier ses choix, d’atteindre une qualité proche de celle des traducteurs professionnels et de s’adapter au contexte ainsi qu’à l’accent de l’utilisateur. D’après l’auteur du reportage, cela signerait la fin du mythe de la tour de Babel (TOSSERI, 2024) – j’émets des réserves quant à cette dernière affirmation, ainsi qu’à l’idée d’une langue universelle, mais je n’entrerai pas dans le débat ici, puisque je me limite à exposer les propos tels qu’ils ont été émis.

Interrogés sur l’avenir de leur métier, les étudiants en traduction expriment un scepticisme prudent : la disparition de la profession leur semble improbable, du moins à court terme et pas pour toutes les tâches. Entre appréhension et réflexion, ils évoquent la puissance de l’IA, la précarisation croissante, l’appauvrissement de la langue et la perte de diversité stylistique liée à la PE, parfois plus minutieuse et plus pénible. Alors qu’une étudiante se dit dégoutée par sa formation, découragée par les obstacles à l’entrée dans le métier et la faiblesse des rémunérations, une autre se sent rassurée par les compétences acquises. Une troisième étudiante, soucieuse d’être reconnue dans sa profession, a quant à elle refusé un poste pourtant bien rémunéré, après avoir entendu de son futur employeur : « Avant ChatGPT, il fallait deux traducteurs, maintenant un seul suffit. » (FORICHER, 2024).

En ce qui concerne les pratiques dans le marché de travail, la dernière enquête menée par la Société française des traducteurs (SFT)2, de 2022, révèle que 75 % des 1 204 traducteurs interrogés utilisent un logiciel de TAO, et 27 % ont recours à la TA, principalement via DeepL. La PE représente environ 20 % de l’activité pour 43 % d’entre eux, mais reste rejetée par 57 %, qui la jugent mal rémunérée, peu stimulante ou dévalorisante. Les jeunes traducteurs (moins de 10 ans d’expérience) y ont davantage recours. Depuis 2015, on note une hausse de 11 % des diplômés en traduction et une progression des outils de TAO. Ces évolutions signalent une tendance à la formalisation et à la spécialisation du métier. La SFT, quant à elle, insiste sur le rôle central du biotraducteur, en particulier face à la PE, et met en garde les utilisateurs de services de traduction3.

Pour Nicolas Froeliger, professeur à l’université Paris-Diderot (Paris-VII), les compétences des traducteurs ne diminueront pas, mais évolueront. Il faudra se perfectionner davantage, notamment en développant des compétences humaines telles que le jugement, l’esprit critique et la capacité de poser les bonnes questions à la machine (FORICHER, 2024). Jörn Cambreleng, directeur d’Atlas (Association pour la promotion de la traduction littéraire), compatit en soulignant l’importance de réévaluer la formation pour préserver la dimension créative de la traduction. Il ajoute, à propos des traducteurs, qu’ils ne rejettent pas la technologie, mais qu’ils savent « la différence ontologique entre une langue et un semblant de langue, entre une subjectivité nourrie par l’expérience humaine et un écrit, aussi correct soit-il, mais dépourvu de toute responsabilité » (CAMBRELENG, 2024).

2. Explorations linguistiques, cognitives et subjectives : perspectives académiques

Rejoignant le vécu et les perceptions ci-dessus, de nombreuses études sur la TA — qu’elle soit statistique ou neuronale —, ainsi que sur la PE, soulignent l’importance cruciale de l’intervention humaine en phase de révision pour garantir la bonne qualité de la traduction (HADAD, SAN JUAN et HAMDI, 2024 ; MORIN et BARBIN, 2023 ; RIEDIGER, 2023 ; BÉNARD, BORDET et KÜBLER, 2022 ; CLOISEAU, 2022 ; JOSSELIN-LERAY et FILLIÈRE, 2022). Il s’agit d’études principalement orientées vers le produit et la fonction (S.HOLMES, 2000), centrées sur les aspects linguistiques, qui montrent que la TA, lorsqu’elle est utilisée de manière réfléchie, peut s’intégrer dans le processus de traduction, à condition que le biotraducteur révise et affine le texte traduit par la machine. Comme souligné par Hadad, San Juan et Hamdi (2024), pour qui le biotraducteur doit assumer le rôle de contrôleur, « l’expertise d’un traducteur natif, sa connaissance de la culture locale, des us et coutumes, et des subtilités culturelles restent indispensables. » (IBANEZ dans HADAD, SAN JUAN et HAMDI, 2024, p. 205). Ces compétences ont été perçues et intégrées par des étudiants en langues participant à l’étude de Cloiseau (2022, p. 93), pour qui une pédagogie axée sur la sensibilisation aux limites de la TA constitue un facteur distinctif par rapport aux étudiants issus d’autres disciplines. À titre de comparaison, une autre étude portant sur des étudiants en langues propose d’intégrer une formation spécifique à la littératie en TA, afin d’en favoriser un usage critique et éthique (LOOCK, LECHAUGUETTE et HOLT, 2022).

L’IA générative occupe également une place centrale dans l’évolution des pratiques traductologiques et de leur enseignement. Dans une approche théorique, Kanglang et Afzall ( 2021) interrogent sa capacité à gérer la complexité cognitive, culturelle et contextuelle du langage, comme l’interprétation, la créativité ou la gestion des nuances linguistiques. Ils plaident pour une intégration raisonnée et critique de ces technologies dans les formations. Dans une perspective empirique, Preciado et Vallejo (2024) étudient l’usage de ChatGPT dans la traduction spécialisée et la PE en contexte académique. Les résultats sont assez encourageants, selon eux : au-delà de la qualité satisfaisante des traductions produites, l’outil permet aux étudiants de se concentrer sur des aspects plus complexes. L’étude met également en lumière le rôle positif de l’autoperception et de l’autoévaluation pour l’amélioration des processus d’enseignement-apprentissage et l’enrichissement de l’expérience des étudiants. Toutefois, les auteurs insistent sur la nécessité d’un encadrement pédagogique rigoureux, notamment en matière de terminologie, et sur l’importance de l’intervention humaine pour garantir la précision. Cette même constatation a été faite par Mayor (2024), dans son mémoire consacré aux performances de ChatGPT (version gratuite) en traduction économique. Bien que l’IA présente des capacités d’adaptation et de personnalisation prometteuses, ses productions restent, selon lui, en deçà des standards professionnels (MAYOR, 2024, p. 105-106). Son étude révèle notamment des traductions trop littérales, des erreurs dues à des calques, manque d’idiomaticité et de précision, ainsi que trop de répétitions. Selon l’auteur, « les imprécisions du modèle sont principalement liées à sa compréhension limitée du contexte, car il suffit de prendre un peu de recul par rapport au texte source pour mieux en comprendre les subtilités » (MAYOR, 2024, p. 105). Cela revient à la complexité cognitive du biotraducteur (KANGLANG et AFZAAL, 2021).

La dimension cognitive est également mise en avant par Li, Gao et Liao (2023). Les auteurs mènent une analyse empirique des facteurs psychologiques — pensée critique, auto-efficacité académique et intelligence culturelle — et de leur influence sur la compétence technologique à partir de questionnaires remplis par 663 élèves de niveaux avancés de 7 établissements d'enseignement supérieur en Chine. Reposant sur des mesures scientifiquement validées, comme l'échelle de disposition à la pensée critique (CTDS), ils démontrent que ces facteurs conditionnent à la fois la capacité des étudiants à interagir efficacement avec les outils technologiques et leur disposition cognitive à analyser, s’adapter et décider de manière autonome. Dans la même perspective, mais en ciblant les compétences réflexives e expressives, Guerberof et Asimakoulas (2024) mettent l’accent sur la créativité, en introduisant un modèle d’écriture créative destiné aux étudiants en traduction. Pour eux, des compétences comme la résolution de problèmes, la flexibilité mentale, la pensée divergente et la régulation émotionnelle distinguent l’humain des productions générées automatiquement. Leur modèle pédagogique vise à encourager une posture active face à l’IA, en cultivant leur jugement, leur inventivité et leur sens critique – propres, je rajoute, à la subjectivité de chaque traducteur, qui est le « Caractère de ce qui appartient au sujet, à l'individu seul. » (LE ROBERT, 2023).

Face à la TA, la question de la subjectivité dans la traduction est abordée par Alrasheed (2023), Poncharal (2021) et Buzelin (2024) selon des perspectives spécifiques, mais tous reconnaissent sa place fondamentale et soulignent les limites des outils de TA, notamment dans leur incapacité à rendre compte de l’interprétation, du style et de l’expérience du biotraducteur. Alrasheed mentionne Benveniste pour rappeler que « […] la subjectivité est immanente au langage et que l’être humain ne peut manifester sa subjectivité que par et dans le langage » (2023, p.2). Elle oppose ainsi une subjectivité collective, produite par les corpus biaisés qui alimentent les systèmes de TA, à une subjectivité individuelle, incarnée par le biotraducteur capable d’interprétation critique. Poncharal (2021), s’appuyant également sur Benveniste et sur la théorie de l’énonciation de Culioli, insiste sur le caractère subjectif et intersubjectif de la traduction littéraire. Traduire, pour lui, c’est s’engager dans un acte de lecture interprétatif, situé dans un dialogue entre le texte source et le traducteur-lecteur. De son côté, à travers des entretiens, Buzelin donne à voir une subjectivité traduisante : les traductrices d’édition expérimentées qu’elle interroge décrivent un rapport affectif et personnel au texte, que les outils automatiques sont incapables de reproduire. Ainsi, pour ces trois auteurs, la subjectivité est incontournable à la pratique traduisante, ancrée dans la pensée et la relation à autrui.

En écho à toutes ces réflexions, je m’y joins en proposant une voie complémentaire : élargir le champ des échanges philosophiques en traductologie en y introduisant la phénoménologie husserlienne, que je suggère comme un outil pédagogique possible pour affronter les défis contemporains, en encourageant une réflexion en première personne.

3. La phénoménologie husserlienne en traductologie : brève introduction et proposition d’application

3.1 Brève introduction

La phénoménologie, un mot aussi difficile à prononcer qu’à expliquer, désigne un courant philosophique du début XXe siècle connu pour sa rigueur et sa complexité. Malgré cela, elle a trouvé sa place à plusieurs reprises en traductologie, selon des perspectives variées (MAZZÙ, 2023; LAIHO, 2019; DANESHMAND et al., 2019; POURAHMADALI TOUCHANI, 2015; DUPUIS et LAUTEL-RIBSTEIN, 2015; CASSIN, 2009; GUEST, 2000; MESCHONNIC, 1999; LAROSE, 1995; VIDAL, 1995; SIMEONI, 1995; VEZIN, 1987; LADMIRAL et MESCHONNIC, 1981), notamment à travers les pensées de Heidegger, Ricœur, Derrida et Merleau-Ponty, dont certains ont également réfléchi et écrit sur la traduction (RICŒUR, 2016; DERRIDA, 1982 ; 1987 ; 1996 ; DASTUR, 2000). Chacun à leur manière, ils ont retravaillé, transformé et enrichi la phénoménologie de leur maitre, Edmund Husserl. Par ailleurs, dans l’approche philosophique d’Antoine Berman, on retrouve des échos de la philosophie de l’éthique d’Emmanuel Lévinas — lui-même phénoménologue, premier traducteur de Husserl en France, et penseur auquel Berman fait référence notamment dans La traduction ou l’auberge du lointain (BERMAN 1999). De même, Jean-René Ladmiral, théoricien de la traduction largement reconnu, inscrit ses théories et pratiques dans une filiation phénoménologique, particulièrement attentive aux dimensions réflexive, descriptive et praxéologique (LADMIRAL, 2019, 2010a, 2010b, 2005, 2004, 1995, 1993 ; WILHELM, 2012). Comme exemple, la nature expérientielle et réflexive de la « traductologie productive » qu’il propose, c’est-à-dire, « la verbalisation et l’objectivation propres au discours traductologique, […] une attitude de réflexion par rapport aux contradictions de la pratique » (LADMIRAL, 2019, italique de l’auteur), est également, à mon avis, phénoménologique. La notion s’éclaire davantage lorsqu’il affirme que

« Ce qui se passe dans la tête des traducteurs », c’est d’abord une expérience vécue ; et il nous est aussi possible d’y avoir accès sur le mode d’une phénoménologie descriptive de la démarche de traduire, qui représente ce que certains psychologues se plaisent à appeler un vécu – et ce, sans les préalables méthodologiques et proprement « disciplinaires » d’une science expérimentale. (LADMIRAL, 2010b, p. 11, guillemets de l’auteur)

Mais, enfin, qu’est-ce que la phénoménologie ? Le mot vient du grec phainomenon (ce qui apparait) et logos (discours, étude) : c’est donc l’étude de ce qui apparait à notre conscience (HOUSSET, 2000, p. 14). Par « phénomène », on entend ici non seulement ce qu’on voit ou perçoit, mais toute chose vécue — une émotion, une pensée, un souvenir — telle qu’elle se donne à un sujet. La phénoménologie a été fondée par le mathématicien et philosophe Edmund Husserl (1859-1938), qui souhaitait comprendre l’expérience humaine à partir d’elle-même, sans passer par des idées toutes faites ou des catégories abstraites héritées de la philosophie classique (HUSSERL et DEPRAZ, 1997, p. 4-5). Pour ce faire, inspiré de Franz Brentano — psychologue qui a introduit le terme « phénoménologie » dans le cadre de la psychologie descriptive —, Husserl développe une méthode appelée « réduction phénoménologique ». Celle-ci consiste à suspendre temporairement nos jugements (également appelés « préjugés » ou à priori) sur la réalité extérieure — un geste qu’il nomme épochè, ou encore « mise entre parenthèses » — afin de se concentrer sur la manière dont les choses apparaissent dans notre expérience et ainsi revenir « aux choses mêmes », c’est-à-dire à l’essence du phénomène (HOUSSET, 2000, p. 16-18). L’idée centrale, qui rend possible cette première réduction, est que la conscience est toujours dirigée vers quelque chose — une pensée est toujours pensée « de » quelque chose —, mouvement qu’il appelle « intentionnalité » (HUSSERL et DEPRAZ 1997, p. 4-5).

Ainsi, la phénoménologie permet d’analyser rigoureusement nos vécus. Chaque expérience est décrite en première personne telle qu’elle est vécue. Cela vaut également, à mon avis, pour l’acte de traduire : la traduction étant une expérience vécue par le sujet traduisant, le processus de traduction devient un phénomène, c’est-à-dire quelque chose qui se donne à la conscience à travers ses différentes phases — perception du texte, intention de sens, hésitation, reformulation, décision. Cette approche permet de concilier rigueur scientifique et subjectivité, en prenant au sérieux la conscience humaine comme lieu de connaissance (HOUSSET, 2000; LYOTARD, 2004). En plus de l’intentionnalité, Husserl introduit une autre étape : la « réduction eidétique », qui vise à dégager les structures essentielles de chaque type d’expérience, cherchant l’essence des choses (LYOTARD, 2004). Enfin, la phénoménologie reconnait que nous ne sommes pas seuls dans le monde : nos expériences sont toujours en relation avec celles des autres, ce qu’on appelle « l’intersubjectivité » (DEPRAZ, 2012). Selon Husserl, l’objectivité du monde n’est pas donnée d’avance, mais fondée sur le croisement de plusieurs consciences : « l’intersubjectivité fonde l’objectivité » (DEPRAZ, 2004). Ainsi, en traduction, la reconnaissance, selon moi, de toutes les subjectivités impliquées dans l’acte traductif — du donneur d’ordre au traducteur, au lecteur, ainsi qu’aux sujets référés et aux personnages — conduit à une visualisation objective du processus. En somme, la phénoménologie propose une manière nouvelle de faire de la science humaine après Descartes : en partant de l’expérience vécue pour comprendre comment le monde prend sens pour chacun de nous. Pensons le monde, dans cette proposition, comme étant le monde de la traduction.

3.2 Proposition d’application : un exemple en traduction pragmatique

Une première expérimentation de cette méthode en traductologie, conçue pour la traduction écrite littéraire et pragmatique, a été menée dans le cadre de mon mémoire de Master 2 Recherche à l’ESIT (École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs, France) en 2024. Bien que non publiée à ce jour, l’étude s’est appuyée sur l’esquisse d’une méthode descriptive inspirée de la phénoménologie husserlienne, mise en pratique à partir d’un corpus principal : un extrait de texte littéraire que j’avais été chargée de traduire par une maison d’édition brésilienne, traduction pour laquelle j’ai délibérément opté pour l’usage d’un outil de TAO. Cette démarche m’a permis de valider le concept d’« identité traductive » : de nature intersubjective, il met en évidence les relations d’altérité et d’identité qui rendent possible une traduction littéraire (M. C. RENARD 2016).

Dans le cadre de cet article, je propose d’appliquer la méthode descriptive à un extrait de texte pragmatique, sélectionné de manière aléatoire. Dans un premier temps, je traduis le passage tout en décrivant, en temps réel (hic et nunc), ce qui se passe dans ma tête. La relecture est également décrite, et l’ensemble est enregistré puis retranscrit. À partir d’une analyse intuitive de ma propre description — sans m’appuyer sur des normes ni sur des hypothèses —, j’identifie les perceptions qui émergent et ensuite je les catégorise, afin de dégager l’essence de mon processus traductif (le « phénomène »), qui peut ouvrir mon horizon de découvertes et d’idées de recherches.

3.2.1 Matériels, endroit, choix du texte (corpus principal)

Matériels : Mon ordinateur de travail, le Word ouvert (pour cette expérience, je choisis de ne pas travailler avec un outil TAO), accès à Internet, ma voix. Pour m’enregistrer, je vais utiliser mon téléphone portable. Ordinateur et téléphone sont chargés.

Endroit : Je suis dans mon local de travail (mon bureau), seule, en silence. Je peux parler librement.

Corpus : J’ai pensé très rapidement à chercher un texte bref que j’aurais pu avoir reçu d’un client pour traduire. Comme récemment, lors d’une prestation, on parlait de l’association Les Restos du Cœur, je suis allée sur leur site web et ai choisi de traduire un extrait de la présentation, qui comporte 194 mots. Voici mon corpus, tel qu’il a été publié (consulté le 08/04/2025) :

N. extrait*

Corpus source

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Les Restos du Cœur : présentation

Les Restos du Cœur, c’est l’histoire d’une “petite idée” devenue un symbole national.

En 1985, au micro d’Europe 1, Coluche mobilisait toutes les bonnes volontés du pays autour d’un projet de cantine gratuite, destiné aux personnes démunies.

Quatre décennies plus tard, les Restos comptent 75 000 bénévoles et luttent toujours contre la précarité et toute forme d’inégalité. L’association a grandi, mais ses besoins et l’urgence sociale n’ont jamais été aussi grands.

Les Restos dans le cœur des Français

En 2023-2024, les Restos du Cœur ont servi 163 millions de repas. L’association a accueilli 1,3 million de personnes, dont 128 000 bébés de moins de 3 ans. Ces chiffres reflètent l’urgence sociale qui règne dans nos 2348 lieux d’accueil et sur le terrain.

L’aide alimentaire permet d’apporter une aide d’urgence, mais pas seulement. Aux Restos, elle représente surtout un point de contact privilégié en vue d’un accompagnement global et individualisé, afin de favoriser l’inclusion sociale des personnes les plus fragiles et de les accompagner vers la réinsertion.

“L’esprit Restos”, c’est enfin une histoire et des moments forts qui ponctuent la vie de l’association : évènements, concerts des Enfoirés, Collectes...

Source : https://www.restosducoeur.org/presentation/

* Comme les extraits seront abordés dans la section suivante, je les numérote afin d’en faciliter le suivi.

3.2.2 Méthodologie de l’étude et application

La méthode a été appliquée en une seule séance. Dès que j’ai eu le texte et le fichier Word sous les yeux, avec le site web de Reverso ouvert (français-portugais, context), je me suis installée, dans le silence et la concentration. J’ai allumé l’enregistreur de mon téléphone et j’ai commencé à parler. Pour la traduction et la relecture, qui m’ont semblé — et qui se sont révélées — assez simples, j’ai mis 44 minutes. J’ai agi comme je le fais chaque jour, avec ma posture de traductrice professionnelle, devant un sujet nouveau, afin de me rapprocher de l’exigence de validité écologique propre à la recherche (NEUNZIG, 2002, p. 80). Cependant, au tout début, une chose a changé : j’ai vidé consciemment ma tête, pour mettre entre parenthèses mes a priori concernant le texte et le sujet et adopter une attitude phénoménologique, c’est-à-dire descriptive, visant à faire apparaitre mes perceptions pendant l’acte traductif. Même si assez souvent je parle à haute voix quand je traduis, surtout quand je lis et relis, je ne suis pas dans cette même attitude au jour le jour. Je me sens donc vraiment ouverte à « me découvrir », à découvrir le texte et à accueillir l’intersubjectivité qui émerge au cours de l’acte de traduction.

Pour faciliter la compréhension de ma démarche ainsi que de la description proposée — rédigée en français et en portugais brésilien, respectivement langues source et cible —, je commence par insérer deux extraits du début de l’expérience traductive (qui est le phénomène à être analysé). Chacun est précédé d’un résumé des points principaux en langue française et suivi d’une brève analyse des perceptions mises en évidence. La description retranscrite apparait en italique. Comme la version complète de la description occupe six pages, je ne peux pas l’incorporer ici dans son intégralité. Je me limite donc aux résumés des autres quatre extraits et à l’identification des perceptions qui en émergent, la perception étant l’« acte primaire de la relation du sujet au monde, sur lequel se fonde mon expérience » selon Husserl (DEPRAZ, 2012, p. 247).

Cela me permettra ensuite de les catégoriser, c’est-à-dire de regrouper les types d’expériences exprimées par les mots — telles qu’elles apparaissent à la conscience : linguistiques, culturelles, affectives, etc. Je pourrai alors distinguer les perceptions les plus récurrentes (appelées invariants en phénoménologie) de celles qui le sont moins (variants). Les invariants, en tant qu’expressions de l’essence du processus traductif, permettent de dégager ce qui constitue son noyau fondamental – son essence, « les choses mêmes » – ainsi que ses différentes manifestations.

Extrait 1

Quand je commence à traduire, je mélange les langues. J’écris, je parle et je fais des recherches en même temps. Les Restos du Cœur étant un nom propre, je ne vais pas le traduire, mais je précise que je vais insérer une traduction littérale au début, dans le corps du texte. Ensuite, je réfléchis à la meilleure façon de traduire l’expression une petite idée, en hésitant entre une idée soudaine — sans être sure qu’elle le soit vraiment — et simplement une idée. C’est en verbalisant que j’arrive à la formulation uma simples ideia (une simple idée) en portugais. Je choisis également de ne pas conserver une virgule ni des guillemets.

Les Restos du Cœur. Les Restos du Cœur. Não vou traduzir porque é um nome próprio, mas eu tenho que… “apresentação”… mas eu vou precisar explicar o que significa.

[silence] Uhmmm… esse aqui é o título da abertura, como se fosse a chamada, então eu vou traduzir no corpo do texto: “Les Restos du Cœur, c’est l’histoire d’une petite idée devenue un symbole national”. Bom, já essa vírgula aqui, não tem em português. Les Restos du Cœur. Restaurantes do Coração. Trata da história de [escrevo ao mesmo tempo] um… ahmm… alors, petite idée… petite idée c’est entre guillemets… uhm… “d’une petite idée”… ahmm… deixa eu ver o que que o Reverso me dá, porque… non, non, non, c’est pas ça, c’est Reverso français-portugais… porque “pequena ideia” me dá “uma pequena ideia”, não tem a ver em português. Eu entendo o que querem dizer com petite idée. Bah, ideia… Les Restos du Cœur é a história de uma ideia repentina… não, eu não sei se foi repentina... É a história de uma ideia. Pronto. É a história de uma ideia que virou um símbolo nacional. É que une petite idée quer dizer que era uma ideia… não é repentina, mas era uma simples ideia, d’une simple idée. É a história de uma simples ideia que virou um símbolo nacional. J’aime pas les guillemets là, c’est… non. Não vou usar guillemets.

Perceptions : Linguistique, culturelle (pays), technique (savoir-faire), interprétative (herméneutique), hésitation, esprit critique, décision.

Extrait 2

Ici, d’abord je m’attarde sur l’expression les bonnes volontés, que je traduis par as pessoas de boa vontade (les personnes de bonne volonté). Je remarque que cette formulation peut évoquer une connotation religieuse, voire catholique, ce qui me semble curieux. Ensuite, je m’arrête longuement sur le mot « cantine ». Même si sa traduction directe est cantina, je remarque que ce mot évoque surtout le milieu scolaire au Brésil, ce qui n’est pas le sens voulu ici. Je consulte des dictionnaires et fais des recherches en ligne, et finis par choisir restaurante gratuito (restaurant gratuit), qui correspond mieux à l’idée d’un lieu de distribution de repas pour les personnes dans le besoin. Enfin, je me questionne sur la traduction de « démunies ». Je pense d’abord à demunidos, me rends compte que le mot n’existe pas et me corrige aussitôt (desmunidos). Mais je réalise, en faisant des recherches, que ce mot n’est pas courant en portugais brésilien. Je verbalise ma pensée et finis par opter pour necessitados, qui me semble mieux adapté au contexte.

« En 1985, au micro d’Europe 1, Coluche mobilisait toutes les bonnes volontés du pays autour d’un projet de cantine gratuite, destiné aux personnes démunies. » Em 1985, na rádio… ahmm… presente na rádio Europe 1, Coluche… ele era entrevistado na rádio Europe 1… no microfone… no microfone da rádio Europe 1, Coluche mobilizava “toutes les bonnes volontés du pays”. Les bonnes volontés… as pessoas… les bonnes volontés… Coluche mobilizava as pessoas de boa vontade… Parece uma coisa católica isso. “Em 1985, no microfone da rádio 1, Coluche mobilizava… as pessoas de boa vontade… todas as pessoas de boa vontade do país”… que estavam ouvindo ele né, enfim, tudo bem. Todas as pessoas de boa vontade do país em torno de um projeto de cantine gratuite. É, cantine é cantina, mas acho que cantina faz a gente pensar na escola, mas em francês também faz pensar na escola… Uma espécie de… ahmm… deixa eu escrever em português… cantina… escritório… Brasil… no Google… escritório vai ter… não… tem cantina? Empresa Brasil. A gente não fala cantina… não, não aparece nada. Eu vou escrever restaurante, porque cantina é da escola… deixa eu ver… o que que o dicionário me dá… Deixa eu ir no Aulete… Aulete… cantina… 1. Lanchonete instalada em escolas, local rústico, geralmente de cozinha italiana. É, mas aí fala cantina [sotaque italiano]. Local em que se vendem ou preparam comidas e bebidas simples. Loja de artigos de uso pessoal para marinheiros. Rio Grande do Sul: loja de vinhos. Então tá, né. Não. É, eu vou escrever… vai ter que ser restaurante mesmo. Restaurante gratuito. É, cantina não vai rolar. Então: Em 1985, no microfone da rádio Europe 1, Coluche mobilizava todas as pessoas de boa vontade do país em torno de um projeto de restaurante gratuito, destinado às pessoas… destinado aos demunidos… demunidos? Não, a gente não fala demunidos. Ahmm… desmunidos… não, eu não gosto de desmunidos. Deixa eu ver no dicionário o que que ele me dá. Desmunido… ahm… nem aparece nada. Desmunido. Ah, tem no português de Portugal, aqui. Dicio também tem. Ué, mas no Aulete não tem. “Que não está preparado”, desmunido. Desprovido. Mas não é isso que eu quero falar. Necessitados, vou escrever. Destinado aos mais necessitados. Des gens dans le besoin.

Perceptions : Linguistique, technique (savoir-faire), culturelle, hésitation, décision, étrangeté, esprit critique, va-et-vient (herméneutique), satisfaction.

Extrait 34

Sur le plan linguistique, je m’interroge d’abord sur « Quatre décennies plus tard », que j’ai rapidement traduit par Quarenta anos depois, plus idiomatique que Quatro décadas depois (traduction littérale). Je conserve le nom propre Les Restos, en italique, et je m’attarde sur précarité, qui suscite en moi une réflexion plus approfondie. J’ai l’impression que sa charge sémantique en français ne correspond pas exactement à celle que le mot precariedade véhicule en portugais, ce qui me conduit à consulter dictionnaires et articles de presse, qui confirment, au contraire de mon impression initiale, son usage actuel. Lors de la traduction de « inégalité », spontanément j’écris inegalidade et je me rends compte, encore une fois, que ce mot n’existe pas en portugais. Tout de suite je le corrige par desigualdade. Je note une confusion linguistique lié au fait d’habiter deux langues : certains mots du français (c’est la deuxième fois dans cette séance) me semblent naturels même lorsqu’ils n’existent pas dans ma langue d’origine. En traduisant rapidement la phrase « L’association a grandi, mais ses besoins et l’urgence sociale n’ont jamais été aussi grands », le syntagme urgência social en portugais me semble étrange. Je consulte donc la presse brésilienne, puis j’élargi la recherche à des sources institutionnelles comme l’ONU. Le terme urgência social était bien présent jusqu’en 2021, mais a été progressivement remplacé par emergência social dans les publications plus récentes (2024-2025).

Perceptions : Linguistique, technique (savoir-faire), sociolinguistique, habiter deux langues, réflexion (esprit critique), culturelle (réalités sociales), va-et-vient (herméneutique), hésitation, décision, impression, étrangeté, satisfaction.

Extrait 4

Sur ce passage, les chiffres sur le nombre de repas et de bénéficiaires de l’association me touchent, surtout concernant la quantité de bébés accueillis, ce que je trouve profondément triste. Puis, je me rends compte que la formulation « des bébés de moins de 3 ans » ne me parait pas correcte au Brésil. Je consulte un site web de pédiatrie brésilien, qui confirme qu’un bébé est considéré comme tel jusqu’à 24 mois ; après, on parle d’enfant. Ensuite, la traduction de « lieux d’accueil » pose d’autres questions. Lugares, espaços, locais ? Je pense à hébergement. Après plusieurs vérifications dans des site web d’associations brésiliennes (comme le MST ou le MTST), je constate que l’expression espaços de acolhimento est utilisée pour désigner aussi des lieux de distribution de repas ou d’aide. Je le retiens. Enfin, l’expression « sur le terrain » me demande une interprétation pragmatique : elle indique une action concrète. Je regarde les descriptions d’activités des Restos du Cœur et je vois qu’ils distribuent des plats chauds dans la rue et dans des centres pour sans-abris. Cela m’amène à reformuler la fin de la phrase en portugais en explicitant cette information.

Perceptions : Empathie, affective, linguistique, culturelle (réalités sociales), technique (savoir-faire), va-et-vient (herméneutique), hésitation, décision, étrangeté, satisfaction.

Extrait 5

Dans ce passage, je décide de fusionner deux phrases en une seule en portugais. En la reformulant, je la trouve plus fluide. J’hésite ensuite sur l’expression “point de contact privilégié” : en portugais, à mon avis, ponto de contato est fortement marqué par les domaines commercial ou administratif, ce qui ne correspond pas à la dimension humaine du texte. Je cherche alors d’autres formulations, et possibilidade de contato me paraît assez juste. Je m’attarde un moment sur « en vue de », pense à vistas, tendo em vista, com vistas para et consulte le dictionnaire. Après quelques essais de phrases à voix haute, j’arrive à visando a um acompanhamento global e individualizado. Enfin, je remarque une répétition entre « accompagnement » et « accompagner » dans le texte source. J’explore alors des synonymes en portugais — conduzir, ajudar, orientar — en évaluant leur portée sémantique. Orientar me semble le plus juste : il évoque une guidance respectueuse. Je perçois que la « réinsertion » évoquée est sans doute sociale, et je me demande si elle est aussi professionnelle ; mais comme cela n’est pas précisé, je choisis de ne pas l’ajouter, afin d’éviter toute surinterprétation.

Perceptions : Linguistique, culturelle, interprétative/va-et-vient (herméneutique), technique (savoir-faire), affective, esprit critique, hésitation, décision, satisfaction.

Extrait 6

Ici, « L’esprit » ayant la même connotation en portugais, ce qui m’amène à penser à « esprit d’équipe », je le laisse tel quel, mais je change la place des guillemets. Ensuite, la formulation « moments forts » me paraît floue en portugais. La traduction littérale momentos fortes ne fonctionne pas bien dans le contexte. J’explore alors plusieurs options, à haute voix : pontos altos, momentos marcantes, momentos importantes… Après quelques recherches dans des dictionnaires et dans des occurrences authentiques (au Brésil et au Portugal), je choisis finalement momentos importantes, car il permet de préserver la clarté et l’effet de valeur. Puis, en lisant « ponctuent la vie de l’association », je rejette d’emblée la traduction littérale, qui sonne artificielle en portugais. Après quelques essais à l’oral, je choisis que marcam a vida da associação, une formulation plus naturelle. Par la suite, le prochain passage mentionne les concerts des Enfoirés, ce qui m’amène à expliciter ce que sont Les Enfoirés — une réalité culturelle très spécifique à la France. Je mène quelques recherches sur leur site web officiel et sur Wikipédia, afin de comprendre précisément de quoi il s’agit et d’insérer une information pertinente pour le public brésilien. J’ajoute donc une brève explication entre parenthèses. Je termine la traduction en choisissant, à partir de mon expérience vécue (je participe moi-même aux collectes de l’association dans les supermarchés), d’expliciter un type de collecte, toujours en pensant à la compréhension du lectorat brésilien. C’est le dernier paragraphe traduit

Perceptions : Linguistique, culturelle, technique (savoir-faire), interprétation, hésitation, décision, empathie, satisfaction.

Au moment de la relecture (que je ne commenterai pas en détail ici, faute d’éléments importants à signaler dans le cadre de cet article), j’apporte quelques changements d’ordre linguistique pour améliorer la fluidité du texte, ainsi qu’une correction ponctuelle.

3.2.3 Catégorisation des perceptions et identification de l’essence du processus

Les perceptions, comme on peut le constater, reviennent d’un extrait à l’autre : elles s’appuient sur celles déjà identifiées, tout en intégrant de nouvelles. Cela reste intuitif, sans préméditation, ce qui est aussi la force de l’attitude philosophique. Du point de vue d’une approche positiviste, cette identification subjective des perceptions — fondée sur l’analyse de mon propre vécu — pourrait être perçue comme un problème en termes d’objectivité et de fiabilité. Or, en phénoménologie, la subjectivité n’est pas un obstacle, mais le point de départ nécessaire vers une objectivité possible. Le fait que le je traduisant analyse son propre processus constitue ainsi le fondement même de cette méthode descriptive, qui est, rappelons-le, un outil pédagogique de conscientisation et d’autoévaluation.

En analysant les 55 perceptions identifiées pendant la traduction, j’ai commencé à établir des catégories susceptibles de les regrouper. La tâche n’est pas facile, mais toute seule elle commence à dévoiler les caractéristiques de mon processus. J’ai ainsi, pour expliquer ma pensée, associé « esprit critique », « décision », « impression » et « va-et-vient » autour d’un même noyau : la réflexion, en lien étroit avec la dimension stratégique du processus traductif. En suivant cette même logique, j’ai établi, dans le tableau ci-dessous, cinq catégories représentant les essences de ma pratique. Elles sont présentées selon leur fréquence d’apparition. La première, la catégorie réflexive-stratégique, est celle qui domine, suivie de près par la cognitivo-linguistique-technique, particulièrement marquée lors de la relecture. Bien que les catégories suivantes soient moins fréquentes ou moins « invariantes », elles demeurent importantes du fait de leur interdépendance : toutes s’inscrivent dans le processus traductif et interagissent constamment entre elles. Ensemble, ces catégories traduisent précisément mon processus — ce processus spécifique — ainsi que mon identité en tant que biotraductrice.

Catégorie

Occurrences

Perceptions associées

Commentaire

Réflexive-stratégique

15

Esprit critique, décision, va-et-vient (herméneutique)

Mobilisation de la pensée critique

Cognitivo-linguistique-technique

14

Linguistique, technique (savoir-faire professionnel)

Processus mentaux, compétences textuelles, compréhension et reformulation, pratiques techniques du métier

Subjective

12

Hésitation, étrangeté, affective, impression

Ressentis personnels, intuitions

Culturelle

7

Culturelle (pays / réalités sociales), habiter deux langues

Perceptions liées au contexte et aux expériences culturelles

Expérientielle

7

Empathie, satisfaction

Résonances affectives, ajustements relationnels au texte ou au lectorat, perception du sens “vécu”

3.2.4 Autoévaluation

Je vois la catégorisation de mes perceptions comme une façon objective de synthétiser quelque chose de complexe, qui n’est pas entièrement verbalisé finalement — parce que la vitesse de la pensée dans le cerveau est bien plus rapide que celle de la mise en mots. Pourtant, je dois reconnaitre, concernant l’étape ultérieure d’analyse de la description, qu’il est loin d’être simple de nommer chaque évènement, puis de les regrouper, tant les frontières entre les catégories me semblent floues et mouvantes. Mais cela suffit pour que je puisse « voir », au sens de Depraz, de la phénoménologie : « Voir l’expérience déposée dans le texte, c’est littéralement en avoir une intuition (intueri = voir) et faire de ce critère d’évidence interne (videre = voir) le seul critère authentique de la validité du propos philosophique tenu. » (DEPRAZ, 2012).

Je me rends compte de la richesse du processus traductif tel qu’il est pratiqué par l’être humain : esprit critique, impression, intuition, technique, connaissance — même si cette dernière n’est pas mentionnée. Différentes formes de connaissance sont présentes : pratiques, liées au métier, aux techniques, aux langues-cultures ; mais aussi cognitives, car traduire implique une mobilisation constante de la pensée, une exigence de discernement, un refus de se contenter d’une solution simplement donnée ou d’un « je pense que ». Il faut, dans la mesure du possible, être sûr, et prendre des décisions, tout le temps, sans hésiter.

Je comprends que l’empathie et l’étrangeté sont des perceptions profondément humaines, nécessaires à l’acte de traduire. La traduction, en tant qu’acte ancien et fondamental de communication, est traversée par ces deux dimensions : elle dégage, en elle-même, empathie et étrangeté.

Je me rends compte de cette « conscience de » de la phénoménologie du moment où je m’écoute, où je me réécoute, où je m’écris, où je me lis — et ainsi, je vois vraiment mon processus, dans la limite de ce qui a été extériorisé. J’ai cette « conscience de » grâce à la perception. Et cette conscience-là, je m’en aperçois, est humaine. Uniquement humaine. C’est elle qui nous distingue, encore une fois, de la machine. Poser des questions, douter de tout (comme le disait Descartes), décider — voilà ce que nous faisons.

Lors de la retranscription de ma description, j’ai encore pu repérer quelques ajustements à faire. Par exemple, je n’avais pas pensé que Coluche n’est pas connu au Brésil, et qu’il serait donc pertinent d’ajouter au moins une précision du type « l’acteur Coluche » pour contextualiser. Même chose pour la traduction de « collectes », que j’ai explicitée par « collecte d’aliments », mais à laquelle j’aurais dû ajouter aussi « et de produits d’hygiène ». De cette façon, une fois de plus, l’élément linguistique est présent. Cela me renvoie à une expérience familière à tout traducteur : aucune traduction n’est parfaite, et chacune pourrait être modifiée à chaque relecture. Il en va de même pour l’établissement des catégories de perceptions. Je choisis donc de faire confiance aux décisions que j’ai prises sur le moment.

J’ai été étonnée par le temps que j’ai mis à traduire et à décrire un simple extrait. Le fait de m’être placée dans une attitude phénoménologique a bien sûr contribué à cette « lenteur » ; mais c’est aussi ce qui m’a permis de verbaliser des pensées qui, d’ordinaire, restent invisibles, ou de prendre conscience de certains éléments, en les explicitant. Par exemple, j’ai remarqué que j’avais « créé » des mots en portugais qui n’existent pas. C’est un phénomène assez courant chez nous, traducteurs et traductrices, mais auquel on ne prête pas toujours attention. À partir de cette constatation, je me suis dit qu’il faudrait que je renforce mes liens avec ma propre langue-culture — multiplier les échanges, retourner plus souvent au pays — afin de ne pas m’en détacher. Lire des livres d’auteurs contemporains et la presse ne suffit pas.

Enfin, la satisfaction m’est apparue comme une expérience essentielle dans l’acte de traduire. On cherche, on verbalise, on réfléchit, on s’aventure, et lorsque la traduction nous satisfait, c’est comme atteindre le sommet de notre propre victoire. Je comprends que ce sentiment ne peut pas être éprouvé – pas de cette façon – lors d’une traduction réalisée par une machine.

4. Limites, possibilités exploratoires et quelques réflexions

Les limites de l’application de la méthode phénoménologique en traductologie méritent d’être posées. La complexité du langage phénoménologique et de ses concepts peut constituer un obstacle, notamment pour les non-philosophes — dont je fais partie. N’étant pas philosophe moi-même, je mesure bien cette difficulté, et c’est précisément pour cela que j’essaie de simplifier cette approche afin d’en faciliter la compréhension. En outre, tout le monde n’est pas prêt à accueillir une perspective qui s’éloigne du linguistique ou du technique. Autre point à soulever est l’écart entre l’expérience et sa mise en mots : on ne peut pas toujours la décrire, surtout dans un contexte professionnel ; la posture d’attention et de description ralentit le rythme, ce qui va à l’encontre des impératifs de production – d’où sa proposition comme un outil pédagogique. Finalement, une autre limite tient au fait qu’il s’agit ici d’une application menée par la chercheuse elle-même : la méthode reste donc à éprouver dans d’autres contextes, notamment en situation d’enseignement. L’enjeu est qu’elle puisse être transmise et expérimentée en cours ; les effets, les ajustements nécessaires et la portée réelle ne pourront être mesurés qu’avec le temps, la pratique et la répétition des essais.

Quant à l’autoévaluation, comme on a pu le voir ici, elle est propre à chaque sujet, à chaque subjectivité, selon ses besoins et ses intérêts. Dans le cas présenté, je n’ai pas pu me détacher d’une évaluation expérientielle adoptant un point de vue phénoménologique. Cela relève davantage d’une réflexion liée à la teneur philosophique de l’expérience que d’une limitation.

En ce qui concerne les possibilités exploratoires à partir des résultats de ma démarche, je peux envisager au moins trois pistes de développement. La première consisterait à me concentrer sur une seule catégorie de perception, par exemple, et à travailler uniquement à partir des éléments qui lui sont associés. Je pourrais alors formuler des questions telles que : « Comment l’empathie influence-t-elle le résultat final d’une traduction ? », et comparer plusieurs traductions d’un même extrait, réalisées par des personnes différentes, en cherchant à identifier si, et comment, une forme d’empathie transparait dans les choix traductifs. Une autre possibilité serait d’évaluer mes propres compétences traductives à la lumière de celles définies par le groupe PACTE (HURTADO ALBIR, 2017) ou par le réseau EMTi, en croisant ces cadres avec les perceptions identifiées au cours de mon expérience. Il s’agirait ici d’un dialogue entre compétences reconnues sur le plan académique et compétences vécues de l’intérieur. Enfin, cette démarche pourrait également s’inscrire dans le cadre des études génétiques de la traduction, en tant qu’observation des phases de formulation, de reformulation et de révision — à partir des traces laissées par le processus en cours, mais aussi à travers l’évaluation réflexive que je fais de mon propre parcours. Ces trois pistes restent ouvertes, et pourraient être développées de manière complémentaire ou indépendante, selon la perspective choisie.

Finalement, en m’immergeant dans cet article — comme dans une forme de mise en abyme phénoménologique —, je remarque que si je reprends les essences des idées, des points de vue et des études présentées dans les deux premières parties, je pourrais les regrouper en quatre dimensions : (i) culturelle et linguistique, (ii) cognitive et psychologique, (iii) subjective et expérientielle et (iv) créative et qualitative. En revisitant les catégories issues de ma propre description, je constate qu’elles s’inscrivent naturellement dans ces dimensions — même si je n’ai pas cité la dernière —, considérées comme fondamentales pour ce qui nous différencie en tant que biotraducteurs. Ces dimensions peuvent littéralement être « vues » dans la description, au sens phénoménologique du terme — c’est-à-dire comme ce qui se donne à la conscience dans l’expérience vécue de traduire.

6. Conclusion

L’objectif de la méthode descriptive pédagogique, je le rappelle, est de faire apparaitre le processus de traduction pour inciter la première personne (le sujet qui traduit et raconte son processus) à prendre conscience des évènements vécus narrés — comme on a vu dans la partie 3. Prendre conscience de l’activité humaine mobilisée dans une traduction, qu’elle soit pragmatique ou littéraire, quel que soit son niveau de complexité, me semble fondamental face aux défis contemporains abordés dans les deux premières parties de cet article : les intelligences artificielles et la place du traducteur. L’objectif n’est pas de nier les avancées technologiques, mais de renforcer les traducteurs en les sensibilisant à leur subjectivité traduisante.

En revenant aux fondamentaux — à ce que fait réellement une personne en situation de traduction professionnelle —, on invite les apprenants à reconnaitre leurs propres compétences, tant celles déjà acquises que celles en devenir. En développant cette conscience du soi traduisant, ils et elles sont en mesure de devenir des acteurs et actrices à part entière de leur pratique, avec responsabilité, plutôt que de simples exécutants. Cette démarche contribuerait ainsi tant au développement des compétences humaines (FROELIGER dans FORICHER, 2024) qu’à la préservation de la dimension créative de la traduction (CAMBRELENG, 2024), tout en préparant les apprenants à interagir avec les machines de façon raisonnée, stratégique et réflexive. Par ailleurs, grâce à la richesse des possibilités qu’elle offre, cette méthode descriptive pourrait également servir à explorer la dimension créative dans le cadre de la post-édition. L’invitation est lancée : vos retours d’expérience seront les bienvenus !

Si la phénoménologie ne propose pas elle-même de méthodologie formalisée et reproductible, cette étude ambitionne toutefois d’en élaborer une inspirée de ses principes, contribuant dès lors à une réflexion interdisciplinaire. Une méthode descriptive en traductologie commence ainsi à prendre forme. Il s’agit néanmoins d’un cadre encore en cours d’élaboration, appelé à être affiné et approfondi.

Méthode exposée et explorée, une question se pose : comment l’intégrer comme outil pédagogique au sein de l’enseignement supérieur en France ? Une première piste consisterait à l’insérer ponctuellement à des cours de méthodologie de la traduction, en tant qu’outil d’autoévaluation. Elle pourrait également faire l’objet d’ateliers pratiques encadrés, au sein des formations en traductologie — qu’il s’agisse de cours portant sur la traduction pragmatique ou littéraire, sur l’éthique traductive ou encore sur la post-édition. Une autre modalité envisageable serait de la proposer sous forme de modules expérimentaux ou de projets tutorés, permettant aux étudiants de s’approprier la démarche de manière progressive et accompagnée, tout en observant comment elle s’adapte à différents profils, niveaux d’expérience ou domaines de spécialisation.

À plus long terme, cette méthode pourrait être intégrée dans une unité d’enseignement spécifique consacrée à la réflexivité traductive, par exemple au sein d’un cours de philosophie de la traduction ou d’approches philosophiques en traductologie. Une telle intégration favoriserait le développement de ce type d’enseignement, encore peu représenté dans les formations actuelles. À ma connaissance, seul le Master 2 Recherche en Traductologie de l’ESIT propose aujourd’hui un séminaire explicitement intitulé « Introduction à la philosophie de la traduction ». Dans les formations plus généralistes (par exemple celles dédiées aux approches théoriques), on étudie certes Schleiermacher, Berman, Ricœur ou Derrida, dont les réflexions relèvent de la philosophie, mais ces auteurs ne sont pas forcément encadrés sous cet angle de manière explicite. On peut toutefois rappeler que, par le passé, à l’Université Paris X (Nanterre) et à l’ISIT, Jean-René Ladmiral intégrait déjà cette dimension dans ses enseignements de traduction, de traductologie et de philosophie du langage.

L’orientation pédagogique que je propose s’inscrit dans une lignée traductologique dont Ladmiral fut l’un des pionniers en France. Dans un entretien avec Sampagnay (2023), il rappelle que l’épistémologie de la traductologie vise à constituer un champ autonome, méthodique et réflexif, entre linguistique et philosophie — sujet développé dans sa thèse d’habilitation en 1995. Dans une conversation avec Wilhelm (2012), il évoque aussi ses séminaires de « clinique traducto-thérapeutique », conçus comme des espaces d’autoanalyse de la pratique, dans une perspective humaniste, intersubjective et critique. Cette formule résonne avec ma propre démarche.

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Notes

1 Source : https://atlf.org/non-lintelligence-artificielle-ne-remplacera-pas-les-traducteurs-et-traductrices-mais-elle-detruit-leur-metier/#:~:text=litt%C3%A9raires%20de%20France-,Non%2C%20l'intelligence%20artificielle%20ne%20remplacera%20pas%20les%20traducteurs%20et,mais%20elle%20d%C3%A9truit%20leur%20m%C3%A9tier%20!&text=Plusieurs%20universitaires%2C%20membres%20du%20bureau,dat%C3%A9e%20du%20lundi%209%20septembre. Retour au texte

2 Source : https://www.sft.fr/global/gene/link.php?doc_id=598&fg=1 Retour au texte

3 Source: https://www.sft.fr/fr/news/prise-de-position-de-la-sft-sur-l-intelligence-artificielle-l-humain-doit-rester-au-coeur-de-la-technologie-28#:~:text=Le%20Mans%2C%20le%2013%20juin,la%20technologie%20et%20que%20le%20/%20https://www.sft.fr/global/gene/link.php?doc_id=546&fg=1 Retour au texte

4 À partir d’ici, comme mentionné au début de cette partie, je résume mes descriptions sans les ajouter. Retour au texte

Note de fin

i Source : https://commission.europa.eu/system/files/2022-11/emt_competence_fwk_2022_en.pdf

Citer cet article

Référence électronique

Carla de Mojana di Cologna, « Décrire l’expérience traduisante : la phénoménologie face aux défis des intelligences artificielles », La main de Thôt [En ligne], 13 | 2025, mis en ligne le 18 décembre 2025, consulté le 10 février 2026. URL : http://interfas.univ-tlse2.fr/lamaindethot/1686

Auteur

Carla de Mojana di Cologna