[Fig. 5] « Les figures noires ». Hall de la Maison de la Recherche, répétitions.
© Patrick BARRÈS
[Fig. 6] « Les figures noires ». Hall de la Maison de la Recherche, répétitions.
© Patrick BARRÈS
[Fig. 7] « Les figures noires ». Hall de la Maison de la Recherche, répétitions.
© Patrick BARRÈS
Les figures noires accrochées aux perches verticales composent un volume habitable pour la danse. Ces corps épris de liberté, hors sol, sont en quête d’un horizon. Elles renvoient aux répétitions de la performance opératique que nous avons effectuées, plus expérientielles que programmatiques, par lesquelles un plan d’immanence se constitue, celui que Gilles Deleuze et Félix Guattari attachent à « l’expérimentation tâtonnante » : « ce sont des moyens de l’ordre du rêve, de processus pathologiques, d’expériences ésotériques, d’ivresse ou d’excès. On court à l’horizon, sur le plan d’immanence ; on en revient les yeux rouges, même si ce sont les yeux de l’esprit […]. Penser, c’est toujours suivre une ligne de sorcière1 ». Ces figures, qui correspondent aux traits de coupes dessinées des corps dansants, dont la sculpture boîte noire rejoue le ballet et reconfigure les notes intenses, relaient ces lignes de sorcière. Les figures noires renouent avec le chaos d’origine, avec cet horizon de pleins et de déliés, de déraison, de défection et de subversion, auquel se connectent, au travers de leurs traits de figure et des mouvements de scène, les différentes pièces du jeu : les corps en grappe ou éclatés, les corps enroulés ou dépliés, le livre des livres et le texte martyr, le mot d’humeur, l’invective et l’incantation, les solos et les chœurs, la potion régénérante et le poison, les sorcières et l’inquisiteurice, et en plus lointain écho le souffle d’Emma, les éléments d’une sorciérologie qu’elle puise dans ses propres référents. Notre spectacle renoue avec sa découverte dans les années 1980 du clip de Kate Bush Wuthering Heights : « À la lisière d’un bois, dans la lande brumeuse, une femme vêtue d’une longue et vaporeuse robe rouge danse comme un mime, une hystérique, une sorcière, un spectre2 ». Cette sorciérologie « n’est pas tant incarnation d’une figure que devenir […]. Peut-être même un horizon », ajoute Emma. Le volume habitable de fer et de papier dispose d’attributs multiples, ponctuation dans le Grand Hall de la Maison de la Recherche ou diagramme (corps étranger, grain de sable ou brasier ; machine stérile ou de désir ; machine célibataire ou abstraite), théâtre d’ombres (résurgence d’ombres passantes ou émergence d’ombres résistantes), accessoire scénique, pièce témoin ou modèle réduit du spectacle. Mais avant toute chose, cette sculpture-installation, peuplée de figures noires au seuil de la couleur, participe, de concert avec les corps dansants et toutes les autres pièces scéniques, à l’activation des lignes de désir.

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![[Fig. 6] « Les figures noires ». Hall de la Maison de la Recherche, répétitions.](docannexe/image/1310/img-2.jpg)
![[Fig. 7] « Les figures noires ». Hall de la Maison de la Recherche, répétitions.](docannexe/image/1310/img-3.jpg)