C’est un honneur de présenter Javier Gómez Montero, auquel le présent dossier rend hommage et qui vient de prendre sa retraite en 2025, après vingt-quatre ans en tant que professeur à l’université Christian Albrechts de Kiel. Né en 1958 à La Corogne au sein d’une famille nombreuse, il a été le pont entre les langues allemande, espagnole et galicienne et le monde universitaire au cours d’une vie consacrée à l’enseignement, la traduction, l’étude et la vulgarisation de la poésie et plus largement de la littérature.
Parmi ses nombreux mérites académiques figure sa connaissance très approfondie de plusieurs littératures européennes à des époques différentes. Après des études de philologie hispanique à l’université de Séville, il a fait un master à l’université de Trêves en 1983. Sa thèse, soutenue dans cette même université en 1989, est parue aux Presses universitaires de Tübingen, sous le titre Literatura caballeresca en España e Italia (1483-1542). El «Espejo de cavallerias» (deconstrucción textual y creación literaria). Il s’agit d’une étude de la réception des romans de chevalerie italiens en Espagne, centrée en particulier sur l’œuvre de Pedro López de Santa Catalina, dont les modèles italiens donnent lieu à une étude de réception de grande envergure. Ce travail annonce l’étude passionnée des croisements des littératures européennes que va déployer Javier Gómez Montero au cours de sa carrière. À l’université de Cologne, il a consacré son habilitation, Die Unzulänglichkeit der poetischen Rede. Studien zur frühen Lyrik der Moderne in Spanien, à la poésie espagnole contemporaine.
Dans la tradition exigeante des études romanes allemande, les chercheurs se spécialisent au moins dans deux époques et deux langues et littératures. Javier est l’un des derniers et des plus importants philologues représentants de cette tradition, c’est aussi un excellent connaisseur de la littérature et de la langue françaises. Il compte de nombreux amis dans les universités parisiennes. Le CRIMIC de la Sorbonne, le CRIIA de Nanterre, l’ Institut d’Etudes Européennes de Paris 8, le CREC de la Sorbonne nouvelle et IMAGER de la UPEC, où il est fréquemment invité pour donner des conférences, peuvent témoigner de l’affection et du respect qui l’entourent.
La hauteur intellectuelle de Javier et la richesse de son parcours académique en Allemagne ont fait de lui un pont entre la culture allemande, espagnole et galicienne et ont nourri ses réflexions sur des objets de recherche chers à son cœur. Le premier est la traduction, expression de l’identité européenne. Karina et Javier Gómez Montero ont été l’âme du réseau de traducteurs qui, de 2006 à 2019, s’est réuni à Castrillo de los Polvazares et qui est devenu, toujours grâce à leur soutien et leur générosité, le Réseau Européen des Traducteurs littéraires Castrillo de los Polvazares. Chaque été était le point de rencontre de nombreux poètes, écrivains, traducteurs et universitaires. L’association RETCaP accueille de nombreux étudiants de l’université Christian Albrechts, dans un dialogue fécond entre plusieurs cultures.
Javier Gómez Montero est un enseignant qui sort de l’ordinaire. Ceux qui ont eu le privilège de participer en 2023 au Blended Intensive Program Erasmus à l’université Christian Albrechts de Kiel peuvent certifier que Javier est un guide aussi érudit qu’affable, désireux d’expliquer aux étudiants venus des universités de Toulouse, Nanterre et La Corogne, l’histoire des fjords de son cher Schleswig Holstein ou la présence de l’apôtre Saint Jacques, patron de la Ligue Hanséatique, dans la cathédrale de Lübeck. Initié par Javier, le projet a continué à Toulouse sous l’égide de Carole Fillière. Conçu par Javier et intitulé Litterae europeae et translatioi, il résume en quelques mots latins la hauteur de vues de Javier, dont la vision est centrée sur un projet culturel européen fondamentalement comparatiste et centré sur le partage d’expériences et de sensibilités. C’est ainsi qu’il a compris les routes jacobéennes auxquelles il a consacré son livre Topografías culturales del Camino de Santiago. Au Pazo de Meiras, où Javier a réuni des traducteurs de plusieurs langues, j’ai été témoin de la façon dont les étudiants de la Christian Albrechts, réunis autour de lui et de Florian Weber, finissaient la traduction de quelques contes de Pardo Bazán, pour la présenter au salon du livre et à l’Institut Cervantes de Hambourg. Toujours encouragés par Javier, prenons exemple de sa générosité intellectuelle.
BIP Litterae europeae et translatio. Les exils et la traduction / Los exilios y la traducción. Université Toulouse Jean Jaurès. Visite du camp du Vernet d'Ariège. Octobre 2024
BIP Litterae europeae et translatio. Voix de femmes / Voces de mujeres. Université de Kiel. Visite de Lübeck. Octobre 2023


