Les enjeux démographiques et sécuritaires du vieillissement des forces d’autodéfense japonaises

  • Ageing Population: Demographic and Security Issues for the Japanese Self-Defense Forces
  • 自衛隊の高齢化。その人口上安全保障上の展望

DOI : https://doi.org/10.66488/ipir2309

Comment convaincre plus de jeunes Japonais à rejoindre les Forces d’autodéfense (FAD) ? Telle est l’interrogation lancinante qui agite les milieux politiques et militaires japonais depuis deux décennies. Le ministère de la Défense est confronté en effet à deux problèmes majeurs : d’une part les FAD sont affectées par le vieillissement de la population et notamment par la diminution de la classe d’âge des 18-26 ans, cible de leur recrutement ; d’autre part la nécessité de disposer de personnels rompus à la conception et au maniement des nouvelles technologies militaires, au moment même où s’aggrave dans le monde le niveau de conflictualité. L’article explore ainsi les différentes politiques mises en œuvre par les pouvoirs publics japonais pour contrecarrer les effets délétères du vieillissement sur les capacités opérationnelles des FAD et rendre la carrière militaire plus attractive, dans un pays contraint de réviser son dogme pacifiste et de mettre fin aux inhibitions qui entravent l’intégration de l’institution militaire dans la société contemporaine.

Since two decades how to convince more young Japanese to join the Self-Defense Forces has become a troublesome issue for the political circles and the experts of defense policy as well. As a matter of fact, the ministry of Defense recently has to face two major problems. On the one hand, the SDF are impacted by the ageing of the population, and more specifically by the shortage of the 18-26 age group which is the target for recruitment, On the other hand, the SDF need personal resources experienced in the production and use of new high technology weaponry to cope with growing and differentiating levels of conflicts in the world. Thus, this article explores the various policies launched by the successive Japanese governments to counter the negative implications of an ageing society on the SDF operational capacities, and to make the military career more attractive, in a context requiring for Japan a revision of the pacifism doctrine and the lifting of inhibitions which still impede the rooting of the military in postwar society.

より多くの日本人の若者を自衛隊に参加するようにどう促すのかは二十年ほど前から政界と防衛関係当局を悩ませる課題となってきた。全世界に多様な紛争のリスクが増加する中で、近年防衛省は二つの深刻な問題に直面している。一つは、自衛隊が少子高齢化、特に自衛官の募集の中心である18ー26歳 の年齢層の減少の影響を受けざるを得ないことで、もう一つは、先端技術を活用した新兵器を開発及び使用することができる人材を確保しなければならないことである。本論文は平和主義を見直し、日本の戦後社会の中で「軍」という制度の導入の抑制に終止符を打つ必要があると見られる中で、職業としての自衛官の魅力の促進、そして自衛隊の実戦能力が人口高齢化の悪影響を受けないようにするために歴代内閣が打ち出したさまざまな政策を分析・評価する。

Plan

Texte

Introduction

À l’heure de l’intelligence artificielle et, à terme, des ordinateurs quantiques, les guerres contemporaines peuvent-elles se passer de soldats ? L’innovation et l’investissement dans les systèmes d’armes létales autonomes (SALA), leur impact sur l’usage de la force ont donné une nouvelle impulsion aux réflexions stratégiques et tactiques sur la « révolution dans les affaires militaires » (RAM)1. Elles ont entretenu une première croyance ‒ ou illusion ‒, dans une partie du public et des médias, selon laquelle les nouvelles machines de guerre produites par l’homme pouvaient avantageusement remplacer le soldat, et que des « techniciens », éloignés du champ de bataille, pourraient user de ces armes à distance, derrière leurs « consoles », sans avoir à essuyer le feu de l’ennemi.

Deuxième croyance : l’ère des guerres interétatiques fondée sur la mobilisation de la nation en armes est révolue : place aux guerres asymétriques ou de « basse intensité ». Ainsi la lutte contre le terrorisme privilégierait le renseignement et le rôle des forces spéciales constituées essentiellement de professionnels.

Troisième croyance : en opérations extérieures, les coûts directs et indirects de l’utilisation de robots armés sont infiniment inférieurs au maintien et à l’entretien sur place d’effectifs pléthoriques, en particulier si l’on inclut les dépenses de santé qu’elles génèrent. Pourtant, depuis les années 1990, les conflits post-guerre froide démentent obstinément de telles assertions, et le conflit russo-ukrainien depuis février 2022 offre un exemple emblématique de ces guerres mobilisant sur le terrain des armées de plus en plus nombreuses, coûteuses en hommes et en matériels. En réalité, tout se passe comme si le développement de ces nouveaux systèmes d’armements, leur autonomisation grandissante, la robotisation et l’impersonnalisation subséquente du champ de bataille, obéissaient non à une logique de substitution mais d’agrégation, tout comme les guerres asymétriques sont loin d’avoir remplacé les conflits « traditionnels ».

Un double constat pesant sur les programmations militaires et les budgets de défense, à la hausse un peu partout afin de faire face à des conflits multiscalaires et multidimensionnels ‒ le Japon ne fait pas exception avec l’annonce par le gouvernement Kishida2 de porter le budget de la défense à 2 % du PNB d’ici 20273 ‒ et qui conduit à recycler les modes traditionnels de recrutement. Rappelons que dans de nombreux pays, le service militaire n’a été que « suspendu » ‒ c’est le cas en particulier de la France depuis 19974 ‒, qu’il a été rétabli en Pologne et en Lituanie en 2015 devant la menace russe, ainsi qu’en Suède en 2017 faute de volontaires en nombre suffisant, qu’il a même été étendu aux femmes en Norvège en 2016, et que la Lettonie a restauré le service militaire obligatoire pour les hommes en 2022. Enfin en décembre 2025, l’Allemagne a également renoué avec le service militaire sur la base du volontariat mais avec un système obligatoire de recensement. D’autres ont confirmé la conscription existante comme c’est le cas, hors Union européenne, de la Suisse, par voie référendaire, en 2013. En d’autres termes beaucoup d’États européens, en faisant le choix de la professionnalisation de leurs forces armées, se sont bien gardés de renoncer au recours à la conscription si les circonstances l’exigeaient, en cas de crise.

Le Japon occupe à cet égard une position paradoxale : les « Forces d’autodéfense » (Jieitai 自衛隊, FAD) n’ont pas en apparence de problème de recrutement : pour les militaires du rang (shi士), à durée déterminée5, en 2022, 18 558 postulants et 5 276 postulantes se sont présentés pour respectivement 3 127 admis et 861 admises, soit un taux de sélection de 5,9 pour les hommes et de 6,12 pour les femmes. Pour l’accès à l’« Académie de Défense » (Bōei daigakkō 防衛大学校), qui forme les officiers supérieurs et généraux de la Jieitai, le taux de sélection est bien plus élevé : 10 638 candidats pour 522 admis, soit un taux de sélection de 20,3. Et pourtant, la question de la fiabilité du système actuel de recrutement, tant en nombre qu’en qualité, face à la dénatalité et au vieillissement général de la population, s’est imposé depuis plus d’une vingtaine d’années comme l’une des difficultés majeures auxquelles les FAD doivent désormais faire face 6.

Cette aporie, présente de façon obsessionnelle dans les rapports officiels et soulignée à l’envi dans les médias tant au Japon qu’à l’étranger, n’a longtemps guère eu d’écho dans la littérature scientifique : la Jieitai reste encore, à bien des égards, un objet périphérique de la recherche sociologique tant au Japon qu’en Occident, et si le vieillissement de la population a suscité de nombreuses publications7, il faut attendre le milieu des années 2010 pour que paraissent les premières études sur les évolutions et prospectives démographiques des FAD8. Le présent article s’inscrit dans cette lignée, tout en explorant plus particulièrement à travers ces contraintes démographiques ‒ qui ne touchent pas seulement l’archipel, mais sont aussi observables en Europe et en Chine ‒ le rapport complexe qu’entretient la jeunesse japonaise à la Jieitai et les politiques publiques mises en place pour préserver la sécurité de l’archipel du risque de dénatalité.

1. Un état des lieux préoccupant ?

1.1. Un déficit structurel de recrutement

Après 1945, le « pacifisme constitutionnel » ‒ le fameux article 9 de la loi fondamentale – s’est imposé au pays, qui a fait le choix, avec la création des FAD en 1954, d’une « armée » de métier. Avec deux objectifs : d’abord éloigner le spectre de la guerre des frontières de l’archipel, ensuite – de façon plus ou moins consciente – refouler le « militaire » et ses représentations négatives hors de l’espace public. Cette double contrainte a longtemps prédéterminé la politique de réarmement de l’archipel, sa nature et son rythme, et le rapport des citoyens à la chose militaire. C’est encore d’autant plus vrai aujourd’hui que la levée, prudente, mais réelle, des inhibitions frappant les missions extérieures des FAD depuis les années 1990, la vulnérabilité de l’archipel face aux ambitions balistiques du régime de Pyongyang et le développement à marches forcées de l’appareil militaire chinois, sans même parler de la militarisation des Kouriles au nord, toujours occupées par la Russie, constituent autant de défis pour les FAD. Avec trois conséquences : le resserrement de la solidarité avec les alliés après l’adoption conditionnée du principe d’autodéfense collective par le Cabinet japonais (2014) ; l’introduction – discutée – de capacités de projection de puissance et de contre-attaque ; et une plus grande exposition des FAD au risque militaire. Or celles-ci ne peuvent plus compter sur le renouvellement constant et régulier des effectifs qu’offrait la conscription sous le Japon impérial : l’incorporation sous les drapeaux ne résulte plus de la contrainte du service militaire, en tant qu’« obligation des sujets »9, mais d’un choix personnel de carrière.

En d’autres termes, les flux de personnels militaires ne dépendent plus de la garantie annuelle offerte par la conscription, mais de la capacité de séduction des FAD à la fois en termes de motivation – pourquoi s’engager dans la Jieitai ? ‒ et de « marketing » politique. L’acquisition d’un stock stable de ressources humaines oblige par conséquent le ministère japonais de la Défense (Bōeishō 防衛省) à réfléchir, au-delà d’une stratégie spécifique de communication, à des politiques publiques en vue d’inciter la jeunesse japonaise à rejoindre les FAD et à y faire carrière. Une obligation de moyens, mais non de résultats : reposant sur le volontariat, les FAD sont étroitement tributaires de la conjoncture économique – les périodes de crise et de stagnation économiques sont plus propices au recrutement ‒, des opportunités alternatives d’emploi qu’offrent le secteur public et les entreprises, ainsi que des fluctuations de leur image de marque au fil de l’actualité10. Or on observe à cet égard un quadruple phénomène : en premier lieu, les effectifs budgétaires ne coïncident pas avec les effectifs réels des FAD11. Un écart qui n’est pas nouveau, et interroge la politique de recrutement des FAD et son attractivité sur le long terme12. En deuxième lieu, le vieillissement global de la population japonaise pose ‒ entre autres ‒ la question de l’articulation entre les fonctions régaliennes de l’État, dont relève la défense nationale, et l’avenir de l’État social japonais : deux secteurs fortement dépensiers, appelant vraisemblablement une réflexion d’ensemble sur leurs modalités de financement en général, et la fiscalité en particulier. En troisième lieu, le solde de recrutement des FAD est négatif : en 2021 par exemple, 13 327 hommes et femmes ont rejoint les FAD toutes catégories confondues, pour 13 439 départs. C’est chez les militaires du rang que les départs sont les plus nombreux (6 673) soit à l’expiration de leur engagement, soit par démission (chūto taishoku 中途退職). Précisément, le niveau des démissions est généralement considéré comme un bon indice du moral des troupes. En 2022, le ministère en a enregistré 6 174, dont 3 864 pour les militaires du rang, soit le chiffre le plus important depuis 200713. Pour une partie des analystes, le durcissement de la politique de défense depuis les grandes lois sécuritaires de 2015, la nouvelle stratégie de défense adoptée en décembre 2022, visant à renforcer les capacités de riposte voire d’anticipation des FAD, ainsi que l’acquisition de nouveaux équipements, ont accentué la pression sur les militaires ‒ allongement des horaires de service, accélération des cadences de travail et durcissement des entraînements ‒, faisant ainsi le lit de toutes les formes de harcèlement et engendrant une perte de sens au travail14. En quatrième lieu, le taux de progression à l’Université a considérablement progressé : il était de 61,1 % en 2023, voire 84 % si l’on inclut toutes les formations « post-secondaires »15. La massification et la démocratisation de l’enseignement supérieur au sortir du lycée constituent une constante érodant le vivier potentiel des mêmes classes d’âge visées par les FAD, et la contraction actuelle de la démographie japonaise offre aux jeunes des opportunités d’insertion dans le monde du travail plus favorables dans le secteur privé que dans le public : une concurrence qui se fait au détriment, à des degrés divers, des emplois de sécurité au sens large tels militaires des FAD, mais aussi policiers et pompiers16. En tout état de cause, les jeunes sortant du lycée forment toujours les gros bataillons des recrutements des militaires du rang. Les diplômés de l’Université ne représentant que 12% de cette catégorie17.

1.2. Une pyramide des âges défavorable

La pyramide traditionnelle des âges en forme de cloche prend désormais des allures de carré. En comparant la structure démographique par tranches d’âge et grades entre 1990 et 2017, on s’aperçoit que si la tranche de l’encadrement supérieur et, surtout, celle des sous-officiers ont tendance à enfler, le rétrécissement de la tranche des hommes du rang est spectaculaire (voir figure n° 1) : alors que, en 1990, celle des 20 ans est de loin la plus nombreuse, avec près de 15 000 hommes, elle n’en représente plus qu’environ 6 000 vingt-sept ans plus tard ; elle a donc diminué de moitié durant la période considérée. Or ce sont les militaires du rang qui constituent l’essentiel des forces en première ligne. Bien plus, en 2023, selon les chiffres ministériels publiés en mars 2024, les 9 959 militaires de base recrutés cette année-là ne représentaient que 50,8 % des effectifs attendus, crevant le plancher de 55,8 % atteint en 1993. S’agissant des « militaires des FAD à durée indéterminée » (MFDI, cf. note 5), cette proportion était de 69 %, mais tombait à 30% pour les « militaires des FAD à durée déterminée » (MFDD, cf. note 5), représentant la couche inférieure des militaires du rang, et donc la plus jeune : des résultats sans précédent dans l’histoire de la Jieitai et une cote d’alerte jugée préoccupante18. Et la presse internationale n’a pas manqué de rapporter ces dernières années les difficultés endémiques de recrutement des FAD19. Une diminution qui est à mettre en corrélation avec celle de la tranche des jeunes de 18 à 26 ans, la population cible de recrutement passant, selon les projections actuelles, de 10 820 000 personnes en 2022 à 7 861 000 en 2048, soit une diminution de 2 959 000 personnes en vingt-six ans. Cette tendance s’accompagne déjà, sur le long terme, d’une baisse du nombre de candidatures dans les Forces d’autodéfense, passant de 114 488 en 2012 à 56 700 toutes catégories confondues en 2024, soit moins 50,4 % en l’espace de douze ans. Et la population des jeunes de 18 ans à l’horizon 2040 n’atteindra pas 80 % de son niveau actuel20. Avec pour conséquence le risque d’effritement de la catégorie des hommes du rang qui, s’il se poursuivait, pourrait affecter, à terme, les capacités opérationnelles des FAD sur le terrain. De ce fait, l’âge moyen des FAD est passé à 36,4 ans en 2022 contre 31,8 ans en 1990. Toutefois si vieillissement il y a, il est plus sensible au niveau de l’encadrement intermédiaire en raison du report de l’âge limite, ou de l’élargissement des possibilités de réemploi, qu’au niveau des militaires de base21.

On note, en outre, la disparition de la tranche des 15-18 ans dans le tableau de 2017, en raison du changement de statut des élèves du « Lycée technologique des Forces terrestres d’autodéfense » (Rikujō jieitai kōka kōkō 陸上自衛隊工科高校), ouvert en avril 1955 (environ 1 000 élèves), et qui est le principal centre de formation de mineurs relevant des FAD. Considérés comme jieikan 自衛官 (personnel sous statut militaire, cf. note 5) à l’origine, ils ont été exclus de cette catégorie à la suite de l’adhésion du Japon à la Convention internationale des droits de l’enfant (1997) et au Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (2000). En conséquence, ces lycéens ont le statut d’élèves-fonctionnaires à statut spécial, avec un traitement mensuel de 103 700 yens (environ 560€), et ne peuvent être mobilisés pour les tâches et missions ordinaires des FAD. Le lycée dépend néanmoins du ministère de la Défense, est dirigé par un général et dispense, en dehors d’une formation générale et technique, une préparation militaire.

Figure n° 1 – Composition des FAD par tranches d’âge et grades

en 1990 (haut) et 2017 (bas)22

en 1990 (haut) et 2017 (bas)22en 1990 (haut) et 2017 (bas)22

Bleu : encadrement supérieur (kanbu 幹部) ; jaune : sous-officiers (jun-sô 准曹) ; rouge : hommes du rang (shi 士)

Pour l’encadrement, la dénatalité constitue un défi majeur et nourrit un discours alarmiste sur le thème « si l’on continue sur cette ligne, la défense du pays sera intenable ». Pour les spécialistes en matière de défense du Parti libéral démocrate (PLD) tels que l’ancien vice-ministre de la Défense Nagashima Akihisa 長島昭久 (né en 1962) ou le président de la section du parti en charge de la défense Wakamiya Kenji若宮健嗣 (né en 1961), le Japon doit prendre le tournant des nouvelles technologies militaires pour pallier les conséquences néfastes de la baisse de la natalité. Mais les dirigeants sont conscients que la modernisation et la mise à niveau des matériels risquent d’être compromises, faute de personnels suffisants, et sont obnubilés par le décalage croissant entre les besoins affichés en personnels militaires et la réalité des recrutements. À tel point qu’au défi extérieur représenté par la montée en puissance militaire de la Chine et aux ambitions balistiques de la Corée du Nord, s’ajouterait une menace intérieure, sourde, mais tout aussi implacable : le déficit de jeunes23.

2. Le remodelage des carrières

2.1. La modification des limites d’âge et des conditions d’engagement

Une des premières mesures prises par les pouvoirs publics pour tenter de conjurer le spectre d’une désaffection à l’égard des FAD fut d’agir sur les curseurs démographiques, soit en reportant la date limite de recrutement, soit en différant le départ à la retraite. En octobre 2018, pour la première fois depuis vingt-huit ans, la limite d’âge supérieure pour rejoindre les FAD passa de moins de vingt-sept à moins de trente-trois ans24. À partir d’octobre 2023, les sous-officiers et officiers supérieurs virent leur limite d’âge reportée d’au moins un an25. Ces deux mesures correspondent à deux objectifs différents : attirer dans le premier cas des profils de personnes qualifiées ayant déjà une première expérience professionnelle et garder en activité des personnels chevronnés en position d’encadrement dans le second26.

Il a été également décidé de revoir les conditions d’engagement dans une double optique de diversification et d’inclusivité : au sortir du lycée, un jeune ne pouvait intégrer les FAD qu’à l’issue d’un examen de vérification des connaissances de base, des conditions d’aptitude physique (poids, taille, acuité visuelle, tour de poitrine, capacité pulmonaire), de son état de santé, et d’un entretien de motivation. À partir d’avril 2019, les conditions minimales de taille ont été abaissées à plus de 150 cm pour les hommes et à plus de 140 cm pour les femmes. Celles relatives au poids ont été également modifiées en conséquence. Les normes en matière d’acuité visuelle ont été aussi révisées à la baisse ; celles relatives au tour de poitrine et à la capacité pulmonaire ont été supprimées27.

Quant aux tatouages, ils sont en principe interdits comme étant contraires à l’article 58 de la loi sur la Jieitai qui fait obligation aux militaires d’avoir un comportement conforme à la dignité de la fonction. Bien évidemment le tatouage fait référence aux yakuza qui en couvrent une grande partie de leur corps, et il est à ce titre considéré comme un marqueur anti-social. Toutefois, il semblerait que le Bōeishō ne serait plus hostile à un marquage discret, compte-tenu du fait que la pratique du tatouage s’est répandue en dehors du crime organisé28. Aucune décision n’a été encore prise à ce jour et la question ne manque pas de susciter des discussions, tant dans l’opinion qu’à l’intérieur même des FAD.

En janvier 2024, en direction des nouvelles recrues, le ministère a également décidé de réviser les dispositions relatives à la tenue en assouplissant les prescriptions relatives à la coiffure et à la coupe de cheveux29. La réglementation, quelque peu différente selon les trois armes, n’imposait pas pour les hommes la coupe de cheveux ras (marugari 丸刈り), mais courte, conforme au principe précité de dignité, et pour des raisons pratiques. Désormais, les cheveux pourront être plus longs, proche du style coupe en brosse (crew-cut), dans le cadre précisé par la nouvelle réglementation, mais la décoloration reste interdite.

Enfin, à partir de 2020, le niveau de connaissances pour rejoindre les FAD passe du collège au lycée et la sélection intègre désormais les compétences et qualifications (hoyū shikaku 保有資格).

2.2. L’encouragement ambigu à la féminisation des FAD

La féminisation des FAD est en nette progression depuis les années 1990. En 2021, la proportion des femmes dans les recrutements était de 17 % et le ministère de la Défense vise à terme plus de 12 % de femmes dans les effectifs militaires à l’horizon 2030. En 2023, il y avait 19 886 femmes jieikan, soit 8,7 % de l’ensemble des effectifs. Cette « féminisation » relative tient à une politique visant à assurer une meilleure égalité des chances en matière d’emploi, notamment pour les fonctions d’encadrement (5 % de femmes aux grades de sakan 佐官, de majors à colonels en 2025), conformément au schéma directeur mis en place par le ministère dans la foulée des Abenomics30.

Le ministère de la Défense ne cache pas que cette politique vise aussi à pallier les contraintes liées à la dénatalité et à la nécessité de faire évoluer les modes de recrutements, non seulement pour faire face aux évolutions sociétales, mais aussi pour répondre aux besoins de plus en plus diversifiés et complexes de la défense nationale.

Depuis mars et décembre 2018, la quasi-totalité des postes et emplois proposés par les FAD dans les trois armes est ouverte aux femmes, y compris dans les unités de parachutisme, les sous-marins et l’aviation de chasse où leur présence a été longtemps exclue. La « protection du corps maternel » (botai no hogo 母体の保護), qui renvoie à une hétéronormativité genrée liant la femme au travail reproductif, a été longtemps opposée à l’ouverture de nombre d’emplois militaires aux femmes, et notamment à l’accès aux unités combattantes. Cette exception n’existait plus désormais que pour celles manipulant des produits chimiques dangereux et les unités de « guerre souterraine » et de tunneliers, ces dernières ayant même été supprimées en mars 2024.

Parmi les unités d’élite, on compte désormais quarante femmes (1,6 %) dans la « brigade amphibie de déploiement rapide » (suiriku kidōdan 水陸起動団) constituée en 2018 (pour 2 400 hommes). Pour certains observateurs cependant, cette « féminisation » ne procède pas d’une aspiration à l’égalité qui émanerait des intéressées elles-mêmes, les femmes japonaises et les organisations féminines et féministes n’ayant jamais revendiqué un plus large accès aux FAD. Et du côté du pouvoir, en dépit du discours politique ambiant, la plus grande ouverture de la Jieitai aux femmes demeure guidée par des préoccupations instrumentales ‒ pallier la crise démographique ‒ et non égalitaires. Elle ne remet pas en cause l’identité même d’un corps façonné par les principes de masculinité et de hiérarchie : les affaires de harcèlement sexuel se sont multipliées ces dernières années, en dépit de la volonté du ministère de lutter contre ce fléau par la mise en place d’une instance de médiation spécialisée, mais à l’efficacité douteuse par crainte de représailles (0,9 % de saisines en 2022)31.

2.3. Le devenir professionnel des militaires atteints par la limite d’âge

La plupart des militaires japonais prennent en moyenne leur retraite vers 55 ans selon leur grade. Mais l’atteinte de la limite d’âge n’ouvre pas droit immédiatement au paiement de la pension. Celui-ci est différé jusqu’à l’âge de 65 ans comme pour l’ensemble des fonctionnaires. La reconversion des anciens militaires est donc une contrainte pour faire face à cet écart qui peut atteindre dix ans, entre l’atteinte de la limite d’âge et le versement effectif de la pension. Les anciens militaires ont alors recours aux instances que le ministère a mises en place pour leur permettre de retrouver du travail. Sauf pour les officiers généraux qui obtiennent plus facilement des postes lucratifs de conseillers auprès des grandes entreprises, cette reconversion se solde généralement par une perte de revenus. Même si le ministère a prévu une indemnité de préretraite variable selon le grade, et versée en quatre fois pour les « retraités précoces » (jakunen taishokusha kyūfu kin 若年退職者給付金)32, cette somme ne couvrait initialement que 75 % environ de l’ancien traitement. Une autre solution consiste pour le ministère à réemployer ses anciens militaires pour une durée d’un an renouvelable dans la limite de trois ans : ils n’étaient qu’une trentaine en 2001, et, jusqu’en 2022, 1 342 en avaient bénéficié (dont 98 en 2022)33. Mais cette formule reste sous-utilisée et ne concerne que les postes administratifs, la gestion, les systèmes d’information et de communication, la logistique. L’indemnité de préretraite ne suscite pas l’enthousiasme des intéressés qui la jugent à contre-courant des évolutions induites par le vieillissement de la population et privilégient le réemploi. Le report de la limite de départ suscite des réactions contradictoires. Pour les uns, il contribue à résorber le déficit démographique des FAD et facilite la gestion des carrières, en affectant ces personnels plus âgés à des tâches de soutien arrière, et en permettant ainsi le déploiement des plus jeunes sur des missions plus opérationnelles. Pour d’autres en revanche, ce report peut avoir des effets dysfonctionnels sur le réemploi dans le privé : même si les entreprises tiennent un discours favorable à l’emploi des séniors, accepteront-elles d’embaucher un ancien militaire de cinquante-cinq ans et plus, sachant qu’il faudra le former et qu’avec l’âge ses capacités d’adaptation seront plus limitées ? Et quel retour peuvent-elles espérer sur un investissement d’une dizaine d’années au plus ? D’autres encore font valoir que, à la différence du système états-unien qui impose une durée limite de service pour les grades et conditionne le maintien dans les forces armées au succès à des examens drastiques de promotion, le militaire japonais peut faire tranquillement carrière dans son grade jusqu’à la retraite34. On note aussi qu’un militaire états-unien peut bénéficier immédiatement d’une retraite au bout de vingt ans de service et être accompagné, pour sa reconversion, par l’United States Department of Veterans Affairs dont c’est la principale mission, et que le Veteran Day assure une plus grande visibilité des anciens militaires dans l’espace social, ce qui n’est pas du tout le cas au Japon.

D’autres mesures compensatoires sont envisagées telles que le renforcement de la réserve de la Jieitai, l’élargissement des possibilités de bourses étudiantes accordées par le ministère de la Défense en contrepartie d’un engagement dans les FAD. Ou la possibilité de recruter sur un statut particulier pour une durée maximale de cinq ans des cadres à haut potentiel disposant de compétences dans certains secteurs névralgiques pouvant intéresser les FAD, notamment dans la lutte contre les cyberattaques, en matière spatiale et de médecine de pointe35. Une disposition qui entre en contradiction avec la volonté du ministère de la Défense de permettre aux militaires de quitter plus tôt le service actif pour maximiser leurs chances d’effectuer une seconde carrière attrayante36. Quant à la possibilité pour les FAD d’accueillir des étrangers, notamment dans la Marine, sur des postes de maintenance et d’entretien, évoquée en privé par d’anciens cadres militaires, elle relève du vœu pieux, tant les obstacles juridiques et psychologiques apparaissent difficilement surmontables37.

2.4. L’amélioration de la qualité de vie des FAD

La revendication n’est pas nouvelle : elle est au cœur du travail de lobbying exercé tant auprès du ministère de la Défense que de la Diète depuis une dizaine d’années par l’« Association pour la protection des jieikan » (Jieikan mamoru-kai 自衛官守る会). Cette association dénonce depuis longtemps une précarisation grandissante des militaires des FAD due à un environnement de travail dégradé, à la vétusté de nombre de casernes et d’installations, à l’absence d’avantages et de services comparables à ceux dont bénéficient les militaires états-uniens sur leurs bases, et à des rémunérations peu attractives38. Des campagnes qui embarrassent le ministère, craignant leur impact sur les recrutements.

Pour y répondre, les préconisations officielles visent à améliorer les conditions d’emploi et de travail des membres de la Jieitai par l’augmentation des traitements de départ39, des quelque vingt-cinq primes et allocations existantes et la création de huit nouvelles, notamment en cas de situations de crise40, une meilleure conciliation entre obligations professionnelles et vie de famille, des facilités de réintégration professionnelle après congé parental, l’amélioration du régime de garde des enfants en cas de convocation urgente, la rénovation des bases, des casernes et des logements mis à disposition des FAD, avec moins de chambrées et de dortoirs, ou encore la généralisation des réseaux locaux sans fil. Autant d’initiatives qui pèsent sur les budgets et doivent être planifiées.

Parmi les trois armes, ce sont les Forces maritimes d’autodéfense qui ont le plus de mal à recruter : la promiscuité liée à un univers confiné sur les navires, la durée des entraînements et missions en mer qui peuvent atteindre 150 jours, l’éloignement et l’isolement, la discipline très stricte qui y règne ne rendent pas toujours la carrière dans la marine très attractive. Les FAD ont commencé, à partir de mai 2024, à introduire sur les bâtiments le système Starlink américain de fourniture d’accès à Internet par satellite de la société SpaceX, adaptable sur tablette et portable, tout en respectant les impératifs du secret défense, et qui pose néanmoins des difficultés sur le plan de la « souveraineté numérique ». Il est également question de remplacer les couchettes superposées par des lits capsules, plus respectueux de la vie privée41.

3. Des techniques de communication à la peine

3.1. Un effort diversifié en direction du public et de la jeunesse

Les Forces d’autodéfense ont considérablement professionnalisé leur politique d’approche et d’information à l’égard des 18-26 ans. Aux « sergents recruteurs » arpentant, jusque dans les années 1970, les villes et campagnes japonaises déshéritées à la recherche de jeunes hommes plus ou moins en rupture de ban, ont succédé des « quartiers généraux de coopération régionale (QGCR) » (chihō kyōryoku honbu 地方協力本部), avec des personnels rompus à la communication faisant office de trait d’union entre les FAD et la population. Des équipes mixtes vont également au-devant des jeunes à la sortie des gares, des lycées et des universités, sur les lieux habituellement fréquentés par eux42. Outre les campagnes d’information organisées par chacune des trois armes à la veille de la saison des diplômes, on ne compte plus les journées portes ouvertes organisées sur les bases des FAD, les expositions et les démonstrations de matériel à destination du grand public, la participation des militaires à des concerts, à des événements locaux : autant d’occasions de présenter des brochures, des posters, des DVD exposant les différentes activités des FAD, des anime, des fictions et des films mettant en scène les Forces d’autodéfense ou que celles-ci ont sponsorisés, des badges, des drapeaux, des treillis, des maquettes et autres produits dérivés43. Longtemps présentes à la télévision par des publicités, les FAD ont depuis investi la Toile et l’ensemble des réseaux sociaux, intériorisé les codes et les figures de la sous-culture cosplay et des manga, associé à leurs campagnes de sensibilisation des « idoles » adulées par les adolescents, voire mobilisé les écoles de dessin à travers des concours de confection d’affiches de recrutement. Le message délivré à l’occasion de ces manifestations est « soft » : le militaire, dévoué à la communauté, est garant de la paix. La Jieitai offre un cadre sécurisé : celui de la fonction publique avec la stabilité de l’emploi, la capacité de se réaliser à travers des valeurs morales d’endurance, de sens du devoir, de solidarité, de rigueur et de discipline, avec d’importants avantages en nature puisque le jeune militaire est payé, équipé, nourri, habillé et logé par l’État. Elle permet d’acquérir des compétences et des permis favorisant la poursuite des études après la fin de l’engagement, ou la reconversion professionnelle. L’approche est souvent légère, voire ludique, rarement martiale, et plus rarement encore « patriotique », même si l’on observe sur certains posters de recrutement actuels une tendance à la martialisation. Les spécialistes comme le journaliste Fuse Yȗjin 布施祐仁 soulignent ainsi que dans le cas japonais, une approche plus « hard » serait contreproductive44.

3.2. Mais des pratiques parfois contestées

Il reste deux techniques d’approche qui font néanmoins débat : l’accès des militaires aux établissements scolaires d’une part, à certaines informations administratives nominatives détenues par les collectivités locales d’autre part.

Outre le fait que tous les lycées sont dorénavant destinataires des informations relatives aux sessions de recrutement, les militaires, en accord avec les comités locaux d’éducation, organisent toute une série d’actions en direction de ces établissements, à la lisière entre l’information et l’incitation à l’engagement : retours d’expérience par les anciens issus du même lycée, conférences d’actualité, encadrement d’entraînements à la lutte contre les calamités naturelles dans les établissements scolaires et sur les bases, sessions d’incorporation temporaire, initiation aux premiers secours, au combat rapproché au sabre de bois, vol en hélicoptère pour les enseignants, stages d’initiation à la vie professionnelle (shokuba taiken 職場体験)45, etc. L’« intrusion » de la Jieitai dans la sphère éducative n’est pas nouvelle : elle a été dénoncée autrefois par le puissant syndicat de gauche, le Nikkyōso 日教組, comme contraire au pacifisme constitutionnel46. Et si tous les lycées ne sont pas concernés, tant s’en faut, par cet activisme, cette tendance s’inscrit dans une politique de « conscientisation » de l’opinion aux questions de défense nationale poursuivie depuis les années 1970. Ainsi, depuis les nouvelles directives d’enseignement de 2017, des développements plus importants sont désormais consacrés aux FAD dans les manuels scolaires de sciences sociales à partir de la quatrième année du primaire. On note cependant que les lois de 2015 sur la sécurité et la défense nationales, conjuguées au phénomène de la dénatalité, ont accéléré la pression sur les lycées suscitant, en retour, une vigilance accrue des groupes de citoyens hostiles à cette ingérence. La presse a également récemment révélé que, à Sapporo, le QGCR local avait approché les cantines d’écoles primaires et de collèges et, après l’envoi de lots de pin’s, de posters, de porte-documents, de gommes et de stylos, invité les élèves à visiter la base militaire et à prendre place dans les véhicules, sans que les responsables de l’orientation et les parents aient été dûment avertis, conformément pourtant à une notification ministérielle de 200347.

Sur le second point, selon une décision du Conseil des ministres en date du 18 décembre 2020, et une notification conjointe du ministère des Affaires générales et du ministère de la Défense, la collaboration des collectivités locales aux opérations de recrutement inclut la communication des registres de domiciliation (jūmin kihon daichō 住民基本台帳)48. L’objectif étant de récupérer les coordonnées personnelles et adresses des jeunes de 18 ans et de 22 ans ‒ à la sortie du lycée et de l’université ‒ pour une approche individualisée par lettre, courriel, démarchage à domicile. Beaucoup de familles ignorent qu’elles peuvent faire au préalable objection à ce type de transmission et la réception de direct mails suscite souvent de l’étonnement, voire de la colère. Cette interprétation gouvernementale faisait suite à une déclaration du chef du gouvernement déplorant le manque de zèle des collectivités territoriales dans la collecte de ces informations, dont la légalité est pourtant contestée par les juristes, et sur laquelle la Cour suprême sera sans doute appelée à se prononcer49. Répondant à une interpellation parlementaire, le gouvernement a tenu à rappeler que cette pratique était juridiquement fondée, qu’elle n’était pas imposée aux collectivités locales, et que celles qui ne s’y conformeraient pas ne feraient pas l’objet de traitement discriminatoire50. Toujours est-il que, à l’heure actuelle, 90 % des collectivités locales participent à ces opérations de collecte de renseignements, contre 36 % seulement en 2017 : en 2022, elles étaient au nombre de 1 068 à communiquer les fichiers électroniques, et 534 seulement à en autoriser la consultation sur place et la prise en notes51. Enfin, s’il existe au niveau local des mouvements de pétition contre les activités de collaboration des collectivités territoriales aux opérations de recrutement des FAD, voire des procédures administratives, comme à Kagoshima 鹿児島, permettant aux familles de se soustraire dans un délai de deux mois des listes communiquées aux FAD, les uns comme les autres n’ont pas affecté la tendance de fond concernant l’approfondissement de cette coopération ou restent sous-utilisées52.

Au total, les interactions et les contacts entre la population et les FAD se sont multipliés ces dernières années, accroissant leur visibilité dans l’espace public. Et même si les FAD ont été quelque peu écornées par des affaires récentes de corruption, de prévarication, de harcèlement et de violation du secret défense, elles jouissent néanmoins d’une impression favorable dans l’opinion, y compris chez les moins de trente ans. Pour autant les militaires constatent que ces campagnes de sollicitation et cet ancrage dans la population n’ont guère créé d’appétence pour la carrière militaire, et n’ont pas sensiblement et durablement enrayé la crise de recrutement. Les raisons tiennent sans doute à la place du « militaire » dans la société japonaise d’après-guerre, et à la perception plus ou moins confuse, que l’intégration dans les FAD ne constitue pas un choix professionnel banal ou conventionnel, s’il ne dépend pas de déterminismes familiaux – présence d’un parent dans la Jieitai ‒ ou de variables socio-économiques contingentes.

Conclusion

Face à l’« urgence démographique », et avec un personnel moins nombreux, les spécialistes soulignent qu’un alourdissement des tâches et des missions risque d’accroître le stress au travail et d’alimenter encore le phénomène d’« éloignement des FAD » (jieitaibanare 自衛隊離れ)53. La défense japonaise aurait par conséquent à se recentrer sur son environnement immédiat, au détriment de sa participation à des missions internationales54. Le ministère de la Défense s’est lancé dans une politique à double détente. D’une part, les nouveaux programmes d’équipements militaires insistent désormais sur une automatisation accrue des tâches, l’investissement dans l’intelligence artificielle, le développement de nouveaux types d’armement (drones, missiles, avions sans pilotes, etc.) et des économies d’échelle en matière de main d’œuvre. D’autant que si les applications civiles de la robotique suscitent déjà sur le plan éthique moins de réticence qu’en Occident, son usage militaire pourrait en être facilité, en s’accommodant du « pacifisme constitutionnel » actuel ou d’une réinterprétation a minima de celui-ci. Ce qui pose un double problème : d’un côté l’acquisition et la fidélisation de personnels à haute valeur ajoutée capables de concevoir, fabriquer et utiliser ces nouvelles technologies, requérant une plus grande flexibilité des procédures de sélection ; de l’autre, l’existence de stocks minimaux d’effectifs combattants dont dépendent la crédibilité et la dissuasion de l’outil militaire japonais. Car si le nombre ne fait plus la force des armées, comme le montre le cas de l’Ukraine, la sophistication grandissante de ces outils ne saurait s’y substituer55. D’autre part, si le gouvernement a pris une série d’initiatives pour accompagner le vieillissement des FAD, dont l’impact est immédiat et visible, celles envisagées pour rendre la carrière militaire plus attractive auprès des couches les plus jeunes de la population ont une portée plus aléatoire et incertaine. Même si l’on a récemment observé une embellie en termes de nombre de candidatures, il convient d’être prudent dans l’interprétation de ces évolutions à court terme56. Les enquêtes d’opinion57 montrent en effet que si c’est dans la tranche d’âge des 18-29 ans que l’absence d’intérêt pour les FAD est la plus élevée (35 %), principalement par « manque de connaissances sur la réalité des Forces d’autodéfense », c’est pourtant chez les plus jeunes que l’idée de la nécessité pour l’école d’aborder les questions de défense est la plus forte (96,9%). Mais de là à s’engager, il y a un pas. En cas d’agression, bien qu’une majorité d’entre eux déclare « soutenir les FAD de quelque façon », ils ne sont que 6,2 % à indiquer qu’ils sont prêts à les rejoindre, et, à l’échelon international, le Japon se distingue par une faible volonté de combattre en cas d’attaque du territoire58, sans doute d’ailleurs parce que la perception de la menace reste diffuse, et que le Japon n’a jamais été directement impliqué dans un conflit armé depuis 1945. Si les deux tiers des Japonais déclarent ne pas avoir d’objection à avoir un militaire parmi leurs proches, c’est dans la tranche des 30 à 50 ans que plus d’un tiers d’entre eux s’y déclarent défavorables, comme si l’accession éventuelle à la parentalité suscitait un surcroît d’inquiétude, la Jieitai étant assimilée à un travail dangereux en cas de conflit59. En réalité, de même que les incitations financières et autres à la relance de la natalité n’ont qu’un impact difficilement prévisible sur les comportements, les politiques publiques visant à accroître l’attractivité des FAD ne seront peut-être pas, à elle-seules, suffisantes pour garantir à terme un recrutement régulier. Faut-il envisager, dès lors, des méthodes plus coercitives et le retour au service militaire obligatoire ? La question reste taboue : l’interprétation officielle selon laquelle la conscription est inconstitutionnelle car assimilée à une « sujétion » indue prohibée par la loi fondamentale hérisse les militaires. Et dans le passé, l’on sait que l’interdiction de l’exercice du droit d’autodéfense collective – un tabou de la politique de défense depuis 1954 – est tombée en 2014-2015. Il n’est donc pas certain que le dogme de l’inconstitutionnalité de la conscription ne subira pas le même sort, même s’il s’agirait là d’une véritable « révolution » politique, que l’opinion rejette massivement au stade actuel. Mais il n’est pas impossible qu’entre l’armée de métier actuelle et le service militaire obligatoire, le gouvernement japonais explore, à titre transitoire, des formules intermédiaires de recrutement60 : après tout, le Japon demeure le seul pays d’Asie orientale à ne pas avoir de service militaire…

Notes

1 Laure de Roussy-Rochegonde, La Guerre à l’ère de l’intelligence artificielle. Quand les machines prennent les armes, Paris, PUF, 2024. Retour au texte

2 Kishida Fumio 岸田文雄 (né en 1957), membre du Parti libéral‑démocrate (PLD), Premier ministre du Japon d’octobre 2021 à octobre 2024. Retour au texte

3 Mainichi shinbun 毎日新聞, 28 novembre 2022. Pour l’exercice fiscal 2025, il est prévu l’équivalent de 59 milliards d’euros de dépenses militaires, en augmentation de 9,4 % par rapport à l’exercice précédent. Depuis trois ans, en rythme annuel, les dépenses de défense s’accroissent d’environ 1 000 milliards de yens (5,4 milliards d’euros) par an. Retour au texte

4 Le président de la République a annoncé, en novembre 2025, la mise en place d’un service militaire volontaire à partir de l’été 2026. Retour au texte

5 Par « militaires du rang », on entend les « militaires des FAD à durée déterminée » ou MFDD (ninki jieikan 任期自衛官) et les « militaires des FAD à durée indéterminée » ou MFDI (hininki jieikan 非任期自衛官), qui ont vocation à y faire carrière. Pour les MFDI (hommes), le taux de sélection était de 4,05. Les militaires du rang étaient au nombre de 43 422 en 2021, soit 18,8 % de l’ensemble des effectifs militaires de la Jieitai. Rappelons que le terme de jieitai, qualifie l’ensemble des personnels civils et militaires relevant du ministère de la Défense, et que celui de jieikan 自衛官 ne s’applique qu’à la fraction de ce personnel sous statut militaire. Retour au texte

6  Morino gunji kenkyūjo 森野軍事研究所 (Centre de recherche militaire Morino), « Shōshika shakai to jieitai少子化社会と自衛隊 (La société de dénatalité et les FAD) », Gunji kenkyū 軍事研究 (Recherches sur les questions militaires), n° 32 (9), 1997, p. 163-167 ; Tomoko Tsunoda et Brad Glosserman, « The Guillotine: Japan’s Demographic Transformation and its Security Implications », Pacific Forum CSIS, Issues & Insights, vol.9 (10), juin 2009, p. 1-33 ; « Heisei 31 nendo ikō ni kakaru bōei keikaku taikō ni tsuite 平成31年度以降にかかる防衛計画大綱について » (Au sujet des lignes directrices des plans de défense nationale après 2019), Bōei handobukku 2024防衛ハンドブック2024 (Manuel de défense 2024), document du Conseil national de sécurité (Kokka anzen hoshō kaigi 国家安全保障会議), 18 décembre 2018, point IV-3 (1), Tōkyō, Asagumo shuppansha henshū kyoku, 2024, p. 155. Retour au texte

7 Pour une synthèse accessible en français sur ces changements démographiques, voir : Gérard-François Dumont, « Japon : les enjeux géopolitiques d’un “soleil démographique couchant” », Géostratégiques, n° 26, 2010, p. 17-44. Pour un point de vue global, voir : Bruno Tertrais, « Choc démocratique et choc des empires. Quel monde en 2050 ? », Les Carnets de l’Institut Diderot, février 2024, https://www.institutdiderot.fr/wp-content/uploads/2024/10/Choc-demographique-page.pdf (consulté en mai 2026). Retour au texte

8 Robert D. Eldridge, « Japan’s Changing Demographics and the Impact on Its Military », Education About Asia 2017, https://www.asianstudies.org/wp-content/uploads/japans-changing-demographics-and-the-impact-on-its-military.pdf (consulté en octobre 2024) ; Shane S. Shibasaki, « Japan’s Demographic Trends and Their Impact on the Self Defense Forces », thesis, Naval Post Graduate School, Monterey California, mars 2020, https://apps.dtic.mil/sti/trecms/pdf/AD1114370.pdf (consulté en octobre 2025) ; Jorge M. Bravo, « The Demographics of Defense and Security in Japan », in Àlvaro Rocha et alii (sous la dir. de), Developments and Advances in Defense and Security Proceedings of MICRADS 2021, Singapour, Springer Nature, 2022, p. 359-370 ; Fan Menglin 樊夢麟 et Nishiura Hiroshi 西浦博, « Waga kuni no jieitai-in no nenrei no kōsei no hosoku to yosoku わが国の自衛隊員の年齢構成の捕捉と予測 (Données et prospectives concernant la pyramide des âges des membres des FAD japonaises) », Nihon kōshū eisei gakkai sōkai shōroku-shū 日本公衆衛生学会総会抄録集 (Procès-verbaux de l’assemblée générale de l’association japonaise d’hygiène publique), Tōkyō, 1984, vol. 83, document CD-ROM. Retour au texte

9 Article 20 de la Charte de Meiji du 11 février 1889. Retour au texte

10 Robert D. Eldridge et Paul. Milford (sous la dir. de), The Japanese Ground Self-Defense Force. Search for Legitimacy, New York, Palgrave MacMillan, 2017, p. 20. Retour au texte

11 En 2024, les effectifs budgétaires des FAD étaient de 246 748 hommes pour un effectif réel de 227 843 (2022), soit un déficit structurel de 8,3 %. Sur le long terme les FAD ont perdu près de 20 000 hommes entre 1989 et 2022 (227 843 hommes contre 246 544), Bōei handobukku, op.cit., p. 258-259. Retour au texte

12 Thomas. M. Brendle, « Recruitment and Training in the SDF », in James H. Buck (sous la dir. de), The Modern Japanese Military System, Beverly Hills, Sage Publications, Inc., 1975, p. 67-98. Retour au texte

13 De ce fait les FAD connaissent le taux de démission le plus élevé parmi les professions de sécurité, dont la police. Cette désaffection touche également l’Académie de Défense : outre la diminution du nombre de candidats, sur 479 diplômés en 2022, 72 n’ont pas rejoint les FAD. Et parmi les 488 admis la même année, 20 % ont quitté l’Académie au cours de leur première année, soit le pourcentage le plus élevé depuis trente ans (Mainichi shinbun, 3 août 2023). Retour au texte

14 Tōkyō shinbun 東京新聞, 6 mars et 29 mai 2023. Sur les démissions, des enquêtes auprès des intéressés font également état des opportunités de carrière offertes par le secteur privé, mais aussi d’un niveau élevé d’insatisfaction à l’égard de l’environnement de travail, de la culture de l’organisation, du niveau de rémunération (Keiken, chishiki no aru jinzai no katsuyō ni kan suru shisaku ni tsuite 経験知識のある人材の活用に関する施策について (Au sujet des politiques visant à l’optimisation des ressources humaines en termes de compétences et d’expérience), document du ministère de la Défense, mai 2023, https://www.mod.go.jp/j/policy/agenda/meeting/kiban/pdf/20230531_02.pdf, p. 6-10 (consulté en décembre 2025)). Retour au texte

15 Reiwa 5 nendo gakkō kihon tōkei 令和5年度学校基本統計 (Statistiques fondamentales sur l’éducation, exercice 2023), document du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (Monbukagakushō 文部科学省), 20 décembre 2023 : https://www.mext.go.jp/content/20230823-mxt_chousa01-000031377_001.pdf, p. 5 (consulté en octobre 2024). Retour au texte

16 En 2023 par exemple, au sortir du lycée, le rapport de l’offre par rapport à la demande d’emploi s’élevait à 3,52 (Aoki Takeshi 青木健至, directeur de l’éducation et du personnel du ministère de la Défense, chambre des Conseillers, commission des Affaires étrangères et de la Défense, 17 décembre 2024, n° 2). Retour au texte

17 https://chuokoron.jp/politics/127097.html (consulté en décembre 2025). Retour au texte

18 Mainichi shinbun, 20 mars 2025. Retour au texte

19 https://www.mod.go.jp/j/profile/mod_sdf/kousei/ (consulté en octobre 2024). Le Monde, 1er juin 2023 ; Japan Times, 3 novembre 2023 ; New York Times, 13 décembre 2023 ; Nikkei Asia, 9 juillet 2024 ; Asia Times, 10 juillet 2024. Retour au texte

20 Ninkisei jieikan ni tsuite 任期制自衛官について (À propos des MFDD), document du ministère de la Défense, mars 2023, https://www.mod.go.jp/j/policy/agenda/meeting/kiban/pdf/20230222_01.pdf, p. 8 (consulté en octobre 2024) ; Asahi shinbun 朝日新聞, 23 décembre 2024. Retour au texte

21 Ninkisei jieikan ni tsuite, op. cit., p. 6. Retour au texte

22 « Graphique de la répartition par âge des membres des Forces d’autodéfense selon le grade en 1990 » (1990-nen no Jieikan no kaisōbetsu no nenrei kōsei no gurafu 1990 年の自衛官の階層別の年齢構成のグラフ) ; et « Graphique de la répartition par âge des membres des Forces d’autodéfense selon le grade en 2017 » (2017-nen no Jieikan no kaisōbetsu no nenrei kōsei no gurafu 2017 年の自衛官の階層別の年齢構成のグラフ) ; source : Shūkan asahi 週刊朝日, 5 décembre 2018. Retour au texte

23 Sankei shinbun 産経新聞, 7 août 2018. On parle ainsi, dans les milieux militaires, de « crise larvée » (shizukana yūji 静かな有事). Retour au texte

24 https://www.mod.go.jp/gsdf/jieikanbosyu/news/index.html (consulté en octobre 2024). Retour au texte

25 Par exemple, la limite d’âge pour un colonel passe de 57 à 58 ans, celle d’un sergent, de 54 à 55 ans. Retour au texte

26 https://www.mod.go.jp/j/press/news/2024/09/20b.html (consulté en octobre 2024). Retour au texte

27 Instruction n° 14 du ministère de la Défense du 28 mars 2019 : https://www.mod.go.jp/gsdf/jieikanbosyu/pdf/31shinkengoukakukizyun.pdf (consulté en octobre 2024). Retour au texte

28  Machida Kazuhito 町田一仁, directeur de l’éducation et du personnel du ministère de la Défense, chambre des Conseillers, commission des Affaires étrangères et de la Défense, 9 mai 2023, n°12 ; Asahi shinbun, 15 mai 2023. Retour au texte

29 Sankei shinbun, 18 janvier 2024. Retour au texte

30 Les « Abenomics » désignent le programme économique engagé par le Premier ministre Abe Shinzō 安倍晋三 (1954-2022) à partir de 2012 afin de relancer la croissance et sortir de la déflation. Retour au texte

31 Sur la place des femmes dans la Jieitai, voir : Sabine Frühstück, Uneasy Warriors. Gender, Memory and Popular Culture, Berkeley et Los Angeles, University of California Press, 2007, chap. 3, et « The Modern Girl as Militarist: Female Soldiers in and beyond Japan’s Self-Defense Forces », in Alisa Freedman et alii (sous la dir. de), Modern Girls on the Go. Gender, Mobility, and Labour in Japan, Stanford, Stanford University Press, 2013, p. 131-148 ; Sato Fumika., « Why Have the Japanese Self-Defense Forces Included Women? The State’s “Nonfeminist Reasons” », in Setsu Shigematsu et alii (sous la dir. de), Militarized Currents: Toward a Decolonized Future in Asia and the Pacific, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2010, p. 251-276 ; Éric Seizelet, « Japonaise et militaire ? La féminisation des professions de défense au Japon », Études de l’Ifri, 2019 ; https://www.ifri.org/sites/default/files/migrated_files/documents/atoms/files/seizelet_japonaise_et_militaire_2019.pdf (consulté en novembre 2024). Retour au texte

32 Arrêté ministériel révisé n°5 du 1er avril 2009 portant paiement de l’indemnité de pré-retraite. Retour au texte

33 https://www.mod.go.jp/gsdf/jieikanbosyu/examination/job-return/index.html (consulté en novembre 2024). Le réemploi n’est pas un droit, il est soumis à des conditions d’âge et à un bilan de compétences. Retour au texte

34 On parle alors de carrière « à l’eau tiède » (nurumayu ぬるま湯). Retour au texte

35 Mikai Satoshi 三貝哲, directeur de l’éducation et du personnel du ministère de la Défense, chambre des Conseillers, commission des Affaires étrangères et de la Défense, 4 avril et 16 mai 2024, n° 13 et 17 ; Jieitai no jinteki kiban no kyōka ni kan suru yūshikisha kentōkai hōkokusho 防衛省自衛隊の人的基盤の強化に関する有識者検討会報告書 (Rapport de la commission d’experts concernant le renforcement des assises du personnel des FAD et du ministère de la Défense), 12 juillet 2023, document du ministère de la Défense, https://www.mod.go.jp/j/policy/agenda/meeting/kiban/pdf/kentoukai_houkokusyo.pdf, p. 14 (consulté en décembre 2025). Retour au texte

36 Matsuda Komaki 松田小牧, Teinen jieikan saishūshoku monogatari 定年自衛官再就職物語 (Récits de reconversion professionnelle des membres des FAD atteints par la limite d’âge), Tōkyō, Wani bukkusu, 2024. Annoncée en septembre 2023 et confirmée officiellement par le ministère en janvier 2024, cette nouvelle voie de recrutement devrait être effective après modification de la loi sur les FAD de 1954 (Sankei nyūsu 産経ニュース, 11 septembre 2023). Retour au texte

37 https://wpb.shueisha.co.jp/news/society/2023/06/02/119611/ (consulté en octobre 2024). Voir également : The Japan Times, 26 janvier 2024. Retour au texte

38 Ogasawara Rie 小笠原理恵, Konnani hidoi jieitai seikatsu こんなにひどい自衛隊生活 (Les terribles conditions de vie des FAD), Tōkyō, Asuka shinsho, 2024. Retour au texte

39 En 2019, le traitement mensuel de départ pour les MFDD était déjà passé de 133 500 à 142 000 yens (de 1 121 à 1 192 euros courants), et pour les MFDI de 169 900 à 179 200 yens (de 1 427 à 1505 euros courants) et 198 100 yens (1 664 euros courants) pour les MFDI diplômés d’une université. Parmi les mesures récemment adoptées, l’allocation unique accordée aux MFDD accédant au grade de seconde classe après trois mois d’engagement va passer de 221 000 à 500 000 yens (de 1195 à 2702 euros actuels) ; Nihon keizai shinbun, 30 août 2024). L’accès à la seconde classe vaut qualification en tant que jieikan. L’effort budgétaire en termes de rémunérations se poursuit : la nouvelle grille indiciaire adoptée par la Diète en décembre 2025 pour les personnels du ministère porte la solde du militaire de 19 ans à 240 000 yens mensuels (1 296 euros actuels) contre 184 000 yens en 2022 (994 euros actuels). L’augmentation touche également les primes. Au total, le projet de budget de la défense pour 2026 prévoit 765 milliards de yens (4,13 milliards d’euros actuels) pour l’amélioration du statut et des conditions de vie des FAD (https://www.mod.go.jp/j/budget/yosan_gaiyo/fy2026/yosan_20250829.pdf, p. 12 ; consulté en décembre 2025). Les conversions en euros sont données à titre indicatif sur la base des taux de change observés au moment considéré (environ 119 yens pour un euro en 2019 et 185 yens pour un euro en 2025-2026). Retour au texte

40 Ce que le Parti communiste japonais dénonce en les qualifiant de « primes de guerre » ou de « prix de la vie » (Shinbun akahata 新聞赤旗, 20 janvier 2024). Retour au texte

41 https://www.jiji.com/jc/article?k=2024101000753&g=soc (consulté en octobre 2024). Voir également : Jieikan no shogu. Kinmu kankyō no kaizen oyobi aratana shōgai sekkei kakuritsu ni kansuru kihon hōshin 自衛官の処遇. 勤務環境の改善および新たな生涯設計確率に関する基本方針 (Lignes directrices fondamentales relatives au traitement des militaires des FAD, à l’amélioration de leur environnement de travail, et aux nouvelles perspectives de carrière), document du ministère de la Défense, 20 décembre 2024 : https://www.cas.go.jp/jp/seisaku/jieikan/gijisidai/dai4/siryou2.pdf (consulté en décembre 2024). Retour au texte

42 Pour un exemple concret, voir : Ashikawa Jun 芦川淳, « Junkaishi, hanashikake, chirashi o kubari, mendan suru mitchaku ! Fukuoka chihō kyōryoku honbu hakata chiiki jimusho no ichinichi shōshi kōreika! Jieikan boshȗ no saizensen 巡回し、話しかけ、チラシを配り、面談する 密着!『福岡地方協力本部 博多地域事務所』の一日 少子高齢化!自衛官募集の最前線 (Patrouiller, discuter, distribuer des tracts, faire des entretiens ! Dénatalité et vieillissement au plus près du quotidien de l’antenne de Hakata du QG de coopération régionale de Fukuoka ! Sur le front du recrutement des militaires des FAD), Gunji kenkyū 軍事研究, 2019, n° 54 (3), p. 228-241. Retour au texte

43 Takayoshi Yamamura, « Cooperation Between Anime Producers and the Japan Self-Defense Force: Creating Fantasy and/or Propaganda? », Journal of War and Culture Studies, n° 21, 2019, p. 8-23., 2019. Pour une comparaison avec les États-Unis, voir : Michael Cserkits, « Representation of Armed Forces through Cinematic and Animated Pieces – Case Studies », Journal of Advanced Military Studies, n° 12 (1), 2021, p. 165-180 ; Fabien Carpentras, « Les films réalisés en coopération avec les Forces japonaises d’autodéfense. Une forme de propagande indirecte dans un monde multicentrique », Ebisu, n° 59, 2022, p. 153-178. Retour au texte

44 « Keizaiteki chōhei-sei kara kangaeru anzen hoshō » 経済的徴兵制から考える安全保障 (Le système de sécurité à travers le prisme de la conscription économique), 11 novembre 2023 : https://d4p.world/21027/ (consulté en octobre 2024). Retour au texte

45 Kyōiku ni shintō suru jieitai henshū iinkai 教育に浸透する自衛隊編集委員会, (Commission de rédaction de l’ouvrage sur la pénétration des FAD dans l’éducation ), 2017, Kyōiku ni shintō suru jieitai. Anpo hōsei-ka no kodomotachi 教育に浸透する自衛隊 安保法制下の子供らち(La pénétration des FAD dans l’éducation. Les enfants sous l’empire des lois sécuritaires), Tōkyō, Dōjidaisha, 2017. Retour au texte

46 Éric Seizelet, Les Petits-Fils du soleil. La jeunesse japonaise et le patriotisme, Paris, Presses Orientalistes de France, 1988, p. 64-66. Retour au texte

47 Mainichi shinbun, 7 juillet 2024 ; Shūkan kin.yōbi onrain 週刊金曜日オンライン, 28 mai 2024 : https://www.kinyobi.co.jp/kinyobinews/2024/05/28/news-156/ (consulté en octobre 2024) ; Nnotification n° 2-3441 du vice-ministre administratif de la Défense du 3 avril 2003, « Au sujet des directives relatives à l’information et au recrutement concernant les examens de sélection des élèves-cadets des Forces d’autodéfense, à destination des élèves des collèges ». Retour au texte

48 Notification du 5 février 2021, « Au sujet de la communication des documents relatifs au recrutement des membres des FAD et des militaires du rang » ; article 97 de la loi modifiée n° 165 du 9 juin 1954 portant statut des FAD ; article 120 de l’ordonnance du Cabinet modifiée n° 179 du 30 juin 1954 portant application de la loi sur les FAD ; article 11, alinéa 1 de la loi modifiée n° 81 du 25 juillet 1967 portant réglementation des registres de domiciliation. Retour au texte

49 Premier ministre Abe Shinzō 安倍晋三 (1954-2022), chambre des Représentants, commission des Finances, 13 février 2019, n° 6 ; Maeda Sadataka 前田定孝, « Shikuchōson ni yoru jieitai he no jūki jōhō teikyō no hihōsei ni tsuite 市区町村による自衛隊ㇸの住基情報提供の違法性について (À propos de l’illégalité de la fourniture par les collectivités locales des informations de domiciliation) », Jūmin to jichi 住民と自治 (Habitants et autonomie), n° 706, 2022, p. 32-34. La municipalité de Nara et l’État font l’objet depuis mars 2024 d’un recours en dommages et intérêts et violation de la vie privée au titre de l’article 13 de la loi Constitution par un lycéen de dix-huit ans devant le tribunal de district local (Asahi shinbun, 29 mars 2024). D’autres actions similaires ont été engagées en février de la même année par six habitants contre le maire de la ville de Kōbe devant le tribunal de district de la ville (Asahi shinbun, 27 février 2024). Retour au texte

50 Réponse n° 212-55 du Premier ministre par intérim Matsuno Hirokazu 松野博一 du 1er décembre 2023, à la question écrite de Mme Tsujimoto Kiyomi 辻元清美, membre de la chambre des Conseillers (Parti constitutionnel-démocrate, Rikken minshutō 立憲民主党) sur les militaires des FAD et les procédures de recrutement des militaires du rang. Retour au texte

51 Tōkyō shinbun, 9 août 2023. Retour au texte

52  Nishimura Misaki 西村美幸, « @NEWS Jichitai o sensō suru kunizukuri shitauke ni suru na. Jieitai he no meibo teikyō chūshi o motomete undō kōryūkai @NEWS 自治体を戦争する国づくり下請けにするな.自衛隊への名簿提供中止を求めて運動交流会 » (Ne pas laisser les collectivités locales jouer les sous-traitants d’un pays qui fait la guerre. Les comités de liaison réclamant l’arrêt de la communication des listes aux FAD), Jūmin to jichi 住民と自治 (Habitants et autonomie), n° 724, 2023, p. 5-6. Retour au texte

53 Imai Kazumasa 今井和昌, « Jinkō genshō, shōshi kōreika no shinten to bōeiryoku no jinteki kiban 人口現象、少子高齢化の進展と防衛力の人的基盤 (Ressources humaines et capacités de défense en période de diminution, de vieillissement de la population, et de dénatalité) », Rippō to chōsa 立法と調査 (Législation et investigations), n° 419, 2019, p. 3-12. Retour au texte

54 Interview de Tokuchi Hideshi 德地秀士, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, et de Nagashima Akihisa, « Wakamono ga konai ! Jieitai-in boshū shinkoku genba – Netto ya anime de boshū katsudō ga kyōka suru ga... 若者が来ない! 自衛隊員募集 深刻現場 ネットやアニメで募集活動が強化するが…» (Les jeunes aux abonnés absents ! La situation préoccupante du recrutement des FAD. Recours accru au net et aux anime dans les activités de recrutement mais…), Tōyō keizai ONLINE 東洋経済オンライン, 19 septembre 2018 : https://toyokeizai.net/articles/-/238533?display=b, p. 2 et 3 (consulté en octobre 2024). Retour au texte

55 Samuel Porter, « Missiles Are No Substitute for Japan Self-Defense Forces’ Manpower Shortage », The Diplomat, 9 janvier 2023 ; https://thediplomat.com/2023/01/missiles-are-no-substitute-for-japan-self-defense-forces-manpower-shortage (consulté en octobre 2024). Retour au texte

56 Plus 6 % pour le nombre de candidatures en 2025, dont plus 3,2 % pour les militaires du rang, https://www.cas.go.jp/jp/seisaku/jieikan/gijisidai/dai6/shiryo.pdf, p. 3 (consulté le 26 décembre 2025). Retour au texte

57 Sondage gouvernemental sur les Forces d’autodéfense de novembre 2025 : https://survey.gov-online.go.jp/diplomacy_defense/202601/r07/r07-bouei/#head1 (consulté en juin 2026). Retour au texte

58 13,2 %, dont 8,8 % pour les moins de 30 ans selon l’enquête World Values Survey Wave 7 (2017-2022) ; https://www.worldvaluessurvey.org/WVSDocumentationWV7.jsp, p. 480 (consulté le 25 octobre 2024). Retour au texte

59 « Avec les nouvelles lois sur la sécurité nationale, les membres des FAD sont pour la première fois confrontés à la nécessité de prendre en considération la question des pertes au combat », document non daté, chambre des Représentants, conférence de Yokomichi Takahiro 横路孝弘 (1941-2023), ancien président de la chambre des Représentants, Anpo hōsei ni tomonai kawatta koto 安保法制に伴い変わったこと (Ce qui a changé avec les dispositifs juridiques en matière de sécurité) : https://www.shugiin.go.jp/internet/itdb_annai.nsf/html/statics/shiryo/161.pdf/$File/161.pdf (consulté en octobre 2024). Retour au texte

60 Sur les enjeux de la réintroduction éventuelle de la conscription, voir : Éric Seizelet, « Les nouvelles lois japonaises sur la sécurité nationale et la conscription : propos sur un fantasme récurrent », Cipango – Cahiers d’études japonaises, n° 24, 2021, p. 277-315. Retour au texte

Illustrations

  • en 1990 (haut) et 2017 (bas)22

    en 1990 (haut) et 2017 (bas)22

    Bleu : encadrement supérieur (kanbu 幹部) ; jaune : sous-officiers (jun-sô 准曹) ; rouge : hommes du rang (shi 士)

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Référence électronique

Éric Seizelet, « Les enjeux démographiques et sécuritaires du vieillissement des forces d’autodéfense japonaises », Études japonaises [En ligne],  | 2026, mis en ligne le 30 juin 2026, consulté le 18 août 2026. URL : https://interfas.univ-tlse2.fr/etudes-japonaises/513. DOI : https://doi.org/10.66488/ipir2309

Auteur

Éric Seizelet

Professeur émérite, Université Paris Cité

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