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Deux ans se sont écoulés depuis le lancement de notre revue Études japonaises au début de l’année 2024. Deux ans – soit quatre numéros – peuvent paraître, à l’échelle d’une revue scientifique, bien modestes ; ils n’en constituent pas moins une étape significative. Suffisante, en tout cas, pour s’autoriser un bref regard rétrospectif sur le chemin parcouru.

L’aventure éditoriale que nous avons engagée reposait, on s’en souvient, sur un double constat et une double envie : celle de créer un nouvel espace de publication francophone dédié aux études japonaises, et celle de contribuer, à notre mesure, à leur dynamisation. Deux ans plus tard, force est de constater que ce pari n’était ni isolé ni vain. Les articles publiés au fil des livraisons témoignent de la vitalité, de la diversité et de la maturité des recherches menées sur le Japon, tant du point de vue des objets abordés que des approches méthodologiques mobilisées.

Ces deux premières années ont aussi permis de confirmer les orientations fondatrices de la revue : l’ouverture disciplinaire, l’attention portée au Japon contemporain autant qu’aux périodes plus anciennes, le refus des cloisonnements artificiels, l’intégration de voix venues du Japon dans le débat scientifique, ainsi que la diversité des générations de chercheurs ayant contribué à la revue.

Atteindre ce cap des deux ans, c’est également prendre la mesure du caractère fondamentalement collectif d’une revue. Études japonaises n’existerait pas sans la confiance des auteurs, l’engagement des évaluateurs et des rédacteurs de comptes rendus, la fidélité des lecteurs, ou encore le soutien institutionnel qui permet à ce projet de se concrétiser dans la durée. À toutes et tous vont, une nouvelle fois, nos remerciements les plus sincères.

Mais cet anniversaire n’est pas un point d’aboutissement. Il est, au contraire, une invitation à poursuivre et à approfondir le mouvement engagé. Les défis restent nombreux : maintenir un haut niveau d’exigence scientifique, renforcer encore les dialogues interdisciplinaires, favoriser les circulations internationales des savoirs, et continuer à faire de la revue un espace accueillant pour des recherches innovantes, critiques et ouvertes sur les enjeux de notre temps.

Le présent numéro s’ouvre sur un article de Patrick Heinrich, professeur à l’Université Ca’ Foscari de Venise, consacré aux systèmes toponymiques au Japon. En croisant linguistique, sociolinguistique et histoire, l’auteur montre comment les noms de lieux constituent des espaces de pouvoir, de domination et de construction identitaire, depuis les dynamiques de modernisation jusqu’aux politiques coloniales menées en Hokkaidō et dans l’archipel des Ryūkyū, en passant par des enjeux très contemporains de dénomination urbaine.

Ce numéro propose ensuite trois articles traduits du japonais, qui illustrent la volonté de la revue de rendre accessibles à un lectorat francophone des travaux majeurs produits au Japon. Le premier, traduit par César Castellvi, est un article d’Itō Masaaki consacré à l’histoire sociale de la retenue (jishuku), pratique centrale et paradoxale de la société japonaise, analysée à travers plusieurs moments charnières de l’histoire contemporaine, de la période de guerre à la pandémie de la COVID-19.

Le deuxième texte, traduit par Marine Depléchin, est une interview de Kuwata Shōzō, figure peu connue de l’histoire de l’éducation japonaise, à l’origine pourtant de la diffusion du hensachi, l’indicateur statistique devenu emblématique des mécanismes d’orientation et de sélection scolaire au Japon d’après-guerre.

Enfin, le numéro se clôt sur la traduction par Anne Gonon-Nérard d’un entretien entre Ishimure Michiko et Tsurumi Kazuko, dans lequel l’écrivaine et la sociologue reviennent sur la catastrophe de Minamata et développent une réflexion profonde sur l’animisme, envisagé à la fois comme cadre éthique, critique de la modernité industrielle et ressource pour penser des rapports alternatifs entre humains, nature et société.

Deux ans déjà, donc – et, nous l’espérons, bien plus à venir. C’est avec cette conviction, nourrie par l’expérience acquise et par l’énergie collective qui s’est manifestée depuis les débuts, que nous vous invitons à découvrir cette nouvelle livraison et à continuer, avec nous, cette aventure éditoriale.

Bonne lecture à toutes et à tous.

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Référence électronique

Christian Galan et Yves Cadot, « Deux ans (déjà ?) », Études japonaises [En ligne], 4 | 2025, mis en ligne le 31 décembre 2025, consulté le 18 janvier 2026. URL : http://interfas.univ-tlse2.fr/etudes-japonaises/401

Auteurs

Christian Galan

Université Toulouse-Jean Jaurès

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Yves Cadot

Université Toulouse-Jean Jaurès

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