Texte

Je ne sais pas comment commencer, comment exprimer ce que je ressens. Muriel insiste, elle me demande un écrit encore et encore. J’hésite, je commence, je recommence, je dis non et puis je me lance.

Chaque fois que je pense à cette période, l’annonce de ton décès Emma et jusqu’à ce 5 mai 2025, date de la représentation du Perf-Opéra Cinq sortilèges pour Emma, mes émotions s’entremêlent. Il y a de la joie pour ce travail accompli pour toi Emma, ce collectif tellement beau dans les bons comme dans les mauvais moments, mais aussi de la tristesse quand je pense à ta disparition, Emma.

Je me souviens de nos échanges qui portaient souvent sur nos fils du même âge, leurs problèmes de collégiens. Et puis un jour tu m’appelles pour m’annoncer ta maladie. Tu as été forte Emma, nous échangions quelques SMS pour se donner des nouvelles. Il y a eu ce mail où tu me disais que tu allais bien et que tu souhaitais nous rejoindre à une réunion par visio…. Mais tu n’es pas venue ! Deux jours après, la maladie avait gagné.

Que c’est difficile de continuer à travailler après le décès d’une collègue encore en activité. Le travail est salvateur, il occupe l’esprit.

Quelque temps après, Muriel Plana, qui a un don, selon moi, pour fédérer autour d’elle, pour nous rassembler toutes et tous, m’a fait part de son projet d’écrire une pièce pour te rendre hommage, pour mettre en avant ton travail dans un format autre. Muriel m’a demandé de participer et, une fois de plus, tout s’entremêle. Je suis enthousiaste mais aussi gênée car je me demande toujours si ma place doit être là, si je vais y arriver. Et Muriel me dit : tu es une membre à part entière de notre équipe, donc oui, tu as ta place. Me voici embarquée dans une belle performance pour toi Emma.

Et l’aventure commence ! Tu sais je ne chante que chez moi ou dans ma voiture, je ne prends pas de cours de danse ni de cours de théâtre, je ne suis pas une femme extravertie mais j’y vais pour le plaisir d’être ensemble, c’est tellement puissant de nous réunir pour te rendre un hommage qu’on oublie tout le reste.

Je récupère les textes, et que vois-je, il y a de l’anglais… mince, une difficulté supplémentaire.

Les répétitions s’enchaînent, il faut se libérer du temps pour toi Emma, pour ne pas être en décalée avec les collègues qui ont plus l’habitude que moi dans ce genre d’exercice. Je suis tellement admirative de toutes ces personnes talentueuses que nous avons au laboratoire, de cet investissement donné pour ce collectif. La date du 5 mai 2025 approche, je suis dans le chœur, j’écoute les consignes de Muriel, je danse, on danse, je chante, on chante, je bouge mon corps, on bouge nos corps, je lâche prise et ça me fait du bien.

Il y a deux choses qui me bousculent, qui font remonter ma peine. Ce mot « fantôme » qui revient, revient, revient… nous devons lever les yeux au ciel, vers la gauche. Combien de fois les larmes montent, je me retiens. Et cette dernière chanson… de Kate Bush, tellement belle… nous regardons une dernière fois le ciel et voilà je pleure.

Et puis la date du 5 mai 2025 arrive, nous sommes prêts, chacun va faire de son mieux pour toi Emma, pour ta famille, pour tes amis. Bizarrement je ne suis pas angoissée car je m’accroche à l’idée que tu n’es pas loin et que tu vas trouver ça beau. Beaucoup de collègues sont présents aussi pour voir tout ce travail accompli, cette parenthèse pour toi Emma. Nous sommes fiers, nous essuyons nos larmes. Quel beau moment.

Merci Emma.

Merci Muriel.

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Référence électronique

Sandra BORT, « Emma », Plasticité [En ligne], 7 | 2026, mis en ligne le 21 mars 2026, consulté le 16 octobre 2026. URL : https://interfas.univ-tlse2.fr/plasticite/1169. DOI : https://doi.org/10.66488/hxaj4807

Auteur

Sandra BORT