Texte

Deuiller est un leurre. Nul ne souhaite oublier, évacuer ou dissoudre la douleur d’une perte. Elle est, et doit être toujours, en nous, portée, endossée, et nous en deviendrons autre. Elle nous appartient, nous accompagne, nous nourrit et nous transforme.

L’acte théâtral n’est pas l’expression de ses sentiments personnels, du petit « moi-je-soi ni même nous ». Ce « moi-je », c’est nier l’autre, et on ne peut, ni le théâtre d’ailleurs il me semble, envisager ou s’envisager sans le rapport à l’autre, au différent, au multiple. De cette aspiration naît le théâtre, surgit le vivant. En bonne stanislavskienne, j’aspire à être mobile, multiple, morceaux en déconstruction et réagencement contant, puzzle qui s’assemble, se recompose, s’empile et se chevauche.

Que faire alors d’un personnage tel que l’Inquisiteurice, personnage fil qui doit être créé et stéréotypé, afin que les autres personnages s’affirment en s’opposant à lui ? Comment investir un personnage qui fait table rase du passé, de ses désirs, écrase les autres pour se construire –mal contemporain ? Comment dialoguer avec un personnage volontairement statique, immobile, voire statufié, qui a pour seul projet, au départ, d’éliminer ceux qui ne renforcent pas son pouvoir ? Ces personnes, nous les croisons tous les jours, ces personnes mortes, mortes à leurs propres désirs, absentes. Elles ne se construisent qu’en s’opposant, ne se créent qu’en niant l’altérité, quelle qu’elle soit.

La représentation, par un jeu trop naturaliste, ne permet pas de s’écarter de la réalité, ni d’y réfléchir. Elle se contente de constater un état de fait, elle ne questionne pas, ni ne laisse l’espace au mouvement, au changement. Seul l’excès ici, seule l’exagération stylisée, permettent au personnage de se rendre compte de ses monologues illusoires d’autosatisfaction et d’autojustification, d’appréhender son auto-fabrication à l’aune des exigences du marché néo-libéral. Pourtant, l’Inquisiteurice perçoit sa vacuité, et ce mouvement d’autocréation – propre à un excès positif et multiple – rend ce personnage friable aux discours d’autrui, chantés, dansés, mimés. Le doute, puis le changement, surgissent, ainsi que le sentiment de l’altérité. S’impose alors au statique le vivant.

Les arts plastiques, la danse, le chant, le théâtre. Le spectacle n’envisageait pas des œuvres terminées et définitives, mais une exposition en train d’être installée, organisée, montée. La relation a-t-elle été possible tant pour les spectateurs que pour les artistes en scène ou hors-scène ? Je ne présupposerai pas la réception des autres. De mon point de vue, la relation questionne la perméabilité des acteurs aux autres arts et leur porosité. Elle questionne également la perfection de l’acte dansé, dessiné ou chanté. La recherche de l’objet parfait en lui-même, bien interprété ou trop bien représenté, permet-il l’échange et, dans l’absolu, le dialogue ? Je cherche, telle l’Inquisiteurice... J’ai choisi l’interrogation, l’insécurité, le déplacement, la dissonance, l’impur, les arts vivants.

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Référence électronique

Christine MACIAS, « Ode au vivant », Plasticité [En ligne], 7 | 2026, mis en ligne le 13 mai 2026, consulté le 16 octobre 2026. URL : https://interfas.univ-tlse2.fr/plasticite/1315. DOI : https://doi.org/10.66488/hskr1002

Auteur

Christine MACIAS