Retour aux « langues perdues » dans la poésie russophone contemporaine : une réaction au 24 février 2022 ?

  • Reclaiming Lost Languages in Contemporary Russian-language Poetry: A Reaction to February 24th, 2022?
  • Возвращение к «потерянным языкам» в современной русскоязычной поэзии, как реакция на 24 февраля 2022?

DOI : https://doi.org/10.66488/lnwr4624

p. 263-291

Le nom de « Lostlingual », repris ici par l’expression « langues perdues », est donné par Dinara Rasuleva à une série de textes poétiques qu’elle commence à écrire quelques mois après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Ces poèmes fonctionnent comme autant d’occasions de revenir à sa langue maternelle, le tatar, oubliée à cause de la russification, et transcrivent son engagement anti-impérialiste et décolonial. Dans la poésie russophone et dans différents projets littéraires postérieurs à 2022, on remarque une pratique significative d’un tel hétérolinguisme décolonial. Dans cet article, je mesure la présence de cet hétérolinguisme dans la poésie contemporaine, notamment avant et après la date supposée pivot du 24 février 2022. En m’intéressant ensuite aux textes de Dinara Rasuleva et de Viktoria Şăltăr, je cherche à montrer comment l’hétérolinguisme vient ébranler la langue d’empire et entremêler intime et politique au sein d’une écriture attentive aux enjeux postcoloniaux, féministes, queers et écopoétiques.

The name “Lostlingual” is given by Dinara Rasuleva to a series of poems which she started to write a few months after the beginning of the full-scale war in Ukraine. These texts gave her the opportunity to explore her mother tongue, Tatar—forgotten because of Russification—and allow her to embody an anti-imperialist and decolonial political stance. In Russian-language poetry and in various literary projects initiated after 2022, I observed a significant use of such decolonial heterolingualism. In this article I try to measure its presence in contemporary poetry, especially before and after February 24th, as it is presumably a turning point. Then by comparing Dinara Rasuleva’s and Viktoriia Şăltăr’s poems, I try to demonstrate how heterolingualism disrupts the language of empire and intertwines the intimate and the political within a form of writing concerned with postcolonial, feminist, queer and ecopoetical issues.

«Потерянный язык» – такое название Динара Расулева дала серии своих поэтических текстов, которые она стала писать спустя несколько месяцев после начала полномасштабной войны в Украине. Эти стихи ей позволяют отыскать родной татарский язык, забытый из-за русификации, а также выразить антиимпериалистическую и деколониальную позицию. В русскоязычной поэзии и в разных литературных проектах, созданных после 2022 года, часто можно заметить важную роль такой деколониальной разноязычности. В этой статье я стараюсь понять, насколько важным является разноязычность в современной поэзии, особенно до и после якобы поворотной даты 24-го февраля. На примере текстов Динары Расулевой и Виктории Шалтар, я покажу, как разноязычность сопротивляется имперскому языку и переплетает интимное и государственное внутри текста, где внимательно рассматриваются вопросы постколониализма, феминизма, экопоэзии и квир-культуры.

References

Electronic reference

Julie Bonin, « Retour aux « langues perdues » dans la poésie russophone contemporaine : une réaction au 24 février 2022 ? », Slavica Occitania [Online], 63 | 2026, Online since 20 novembre 2026, connection on 16 octobre 2026. URL : https://interfas.univ-tlse2.fr/slavicaoccitania/5260. DOI : https://doi.org/10.66488/lnwr4624

Author

Julie Bonin

Julie Bonin est traductrice littéraire du russe vers le français. Après avoir suivi en parallèle des études en lettres modernes et en langue russe, elle est diplômée du master de traduction littéraire de l’inalco. Ses recherches ont notamment porté sur l’hétérolinguisme dans la poésie russophone après le 24 février 2022. Porteuse de projets de traduction auprès des maisons d’édition de langue française, notamment dans le cadre des résidences du programme européen Archipelagos, elle s’intéresse aux littératures ultra-contemporaines de Russie et du Bélarus qui explorent une écriture décoloniale et/ou féministe. Sa traduction du premier livre de Daria Apakhonchich, un recueil de nouvelles intitulé Comme l’eau dans un poisson, paraît en mars 2026 aux éditions Tourgueneff. Une sélection de poèmes d’Égana Djabbarova est également publiée dans le numéro de printemps 2026 de la revue Point de chute. Elle fait partie du comité éditorial de la revue Café qui publie des traductions de langues minorées.
Courriel : julie9bonin@gmail.com