Cancel culture : une nouvelle censure ? Rétrospective sur une guerre idéologique

Résumés

Dans cet article nous aborderons les principales polémiques autour de la cancel culture. Nous revenons sur la genèse du terme et sur son développement, ainsi que sur ses glissements sémantiques, et ses associations discursives. Enfin, nous abordons les méthodes et les moyens d’action de la cancel culture et leurs origines. Nous évaluons s’il s’agit d’une nouvelle censure à l’aune des enjeux géopolitiques actuels.

In this paper, we analyze the main controversies surrounding cancel culture. We review the genesis of the term and its development, as well as its semantic shifts and discursive associations. Finally, we look at cancel culture's methods and means of action, and at their origins. We will assess whether this is a new form of censorship in the light of current geopolitical issues.

Plan

Texte

L’expression de cancel culture a fait couler beaucoup d’encre, et ce, surtout en 2020. Cette année-là, nombreuses sont les tribunes et contre-tribunes dans la presse, ainsi que les lettres ouvertes signées par différent‧es intellectuel‧les démocrates américain‧es qui s’insurgent contre cette « culture de l’annulation1 ». Dès 2021, les premiers livres sont écrits à ce propos, même si la plupart seront publiés en 20222, de même qu’un certain nombre d’articles universitaires3. Notre réflexion reviendra sur les origines de cette expression et sur les différentes prises de position de ces divers‧es autreur‧ices. Toutefois, d’autres chercheurs‧euses en lettres et sciences humaines et sociales ont déjà livré un excellent travail de contextualisation du phénomène de la cancel culture, en particulier Arnaud Bernardet, professeur au Département de langue et littérature françaises à l’université McGill de Montréal, dans son article « De quoi la cancel culture est-elle le nom ? » paru en octobre 20234. Notre contribution au débat se démarquera par la comparaison des réactions à la cancel culture qui sont apparues dans différents pays (France, États-Unis, Allemagne) et par l’analyse du phénomène à l’aune de l’actualité, c’est-à-dire après les cent premiers jours de Donald Trump au pouvoir et une montée de l’extrême droite dans de nombreux pays. Il s’agira donc, après avoir exposé la polémique et le phénomène tel qu’il se présente dans les années 2020 à 2022, d’observer ce qu’annonçaient les guerres culturelles qui ont accompagné les débats autour de la cancel culture, ainsi que leurs angles morts.

Genèse du terme

L’encyclopédie Britannica situe la première utilisation de l’expression en 2016, même si elle ne cite pas d’exemple, ne la contextualise pas, et qu’elle amalgame ensuite la cancel culture et la call out culture5. En 2019, le comité du Macquarie Dictionary6, en a fait son « mot de l’année » : tous les ans, il fait choisir à ses internautes, via les réseaux sociaux, un mot, recoupant ce vote avec une recherche qui permet de connaître le nouveau mot le plus utilisé sur les réseaux cette année-là7.

Sur le plan sémantique, il existe des enjeux politiques liés à l’utilisation de cette expression qui aurait une connotation péjorative : si les signataires démocrates de la lettre ouverte dans le Harper’s Magazine qui mettent en garde contre le phénomène de censure contemporaine par des courants progressistes n’utilisent pas cette expression, la convention des Républicains en 2020 ne se prive pas de l’employer à outrance8.

En ce qui concerne le sens même de to cancel, soit « annuler » en français, il n’est pas étonnant qu’il fasse réagir la droite et l’extrême droite, puisqu’il touche à une peur classique instrumentalisée par ces mouvements : la perte ou la remise en question d’une culture nationale prétendument homogène et consensuelle, celle de « l’identité » ou de la langue nationale. C’est un topos de la rhétorique de l’extrême droite, que l’on retrouve dans le bestseller de Thilo Sarrazin intitulé Deutschland schafft sich ab et dans la théorie du « grand remplacement » développée par Renaud Camus9. Leurs thèses reposent sur l’idée d’une identité et d’une culture nationales qui seraient « remplacées » par une autre culture et religion, l’islam par exemple. On retrouve ce topos dans une acception tout aussi menaçante dans le terme « d’islamo-gauchisme » sur lequel nous reviendrons.

Enfin, plus largement, l’expression anglaise, lorsqu’elle s’applique à quelqu’un, renvoie à une forme de violence : il s’agit de faire disparaître quelqu’un. Dans son usage administratif, elle désigne une chosification (« to cancel a subscription/ an event », etc.) et donc une déshumanisation des personnes désignées par ce glissement sémantique, avant même que soit ajoutée la strate de leur anéantissement.

Le verbe to cancel se popularise dans « Black Twitter », une section à vocation non mixte de Twitter. Grâce aux travaux de recherche de la journaliste Aja Romano, nous connaissons les origines précises de l’apparition du verbe « canceller » lorsqu’il s’applique à une personne10. Elle y rapporte la première utilisation du mot selon l’association linguistique to cancel someone, dans le film de Mario van Peeble intitulé New Jack City11. Dans une scène charnière du film, le mafieux Nino Brown jette sa partenaire sur la table et l’arrose de champagne parce qu’elle se plaint de son goût pour le meurtre12. Il s’écrie alors : « Cancel that bitch. I’ll buy another one » (« Supprimez cette salope, j’en achèterai une autre »)13. Cette scène sera ensuite citée par le rappeur 50 Cents en 2005 dans la chanson « Hustler’s Ambition » et par Lil Wayne, qui s’y réfère en 2010 dans sa chanson « I’m single »14. Cette origine est surprenante pour un phénomène qui, en 2020, est sociologiquement situé dans la classe académique blanche et qui, elle, est perçue comme tenant des propos plus progressistes que les opprimé‧e‧s elles et eux-mêmes : le sociologue Musa-al-Gharbi décrit le phénomène dans un entretien paru dans le journal allemand Die Zeit en évoquant son livre sur les wokes (soit celles et ceux qui pratiqueraient prétendument la cancel culture) 15:

Un capitaliste symbolique est quelqu’un qui gagne son argent avec la tête, qui agit par des idées, abstractions, symboles et rhétoriques, au lieu de mettre à disposition des marchandises physiques et services pour les autres. Nous parlons de personnes qui travaillent dans les domaines des médias, de l’éducation, de l’art, du divertissement, de la finance, dans le secteur de la tech, dans la science, etc. […] Nous gagnons essentiellement notre argent grâce à ce que nous savons ou par nos positions dans des réseaux […]. Quand les trumpistes traitent les capitalistes symboliques d’‛élites wokes’, ils touchent une vérité. Les personnes qui vont le plus défendre des opinions wokes, sont en effet souvent des personnes diplômées, relativement fortunées. Une population urbaine ou périurbaine, souvent blanche. La wokeness n’est pas caractéristique des quartiers en tension ou de la ruralité abandonnée16

Enfin, après la création de l’expression to cancel someone qui atteste au départ d’un sexisme cru, le phénomène se popularise réellement et est repris dans une émission de téléréalité Love and Hip-Hop: New York diffusée en décembre 201417. Le verbe to cancel est alors récupéré sur Twitter, puis arrive sur « Black Twitter » et se transforme pour désigner d’abord le fait de « canceller » des proches, puis des personnalités publiques, et, spécifiquement, des stars18. Durant l’année qui suit la sortie de cette émission, l’expression perd ainsi toute connotation sexiste. Elle s’emploie désormais pour dénoncer des comportements problématiques (homophobes, racistes, et autres). On note donc que ce verbe, qui a été adopté par la communauté Hip Hop, va ensuite se retourner contre certains de ses membres. Toutefois, l’expression de cancel culture, contrairement au verbe, apparaît plus tard puisque l’idée de « culture » implique un phénomène répandu et popularisé, renvoie au phénomène de boycott et contient une dimension dépréciative19.

Moyens d’action de la cancel culture et différence avec la call out culture

En effet, la cancel culture devient alors un outil de boycott : on cesse d’écouter certain‧es musicien‧nes ou on ne regarde plus certaines émissions. De nombreux‧euses chercheur‧euses voient là une continuité avec les pratiques de lutte pour les droits civiques aux États-Unis (boycotts d’établissements pro-ségrégationnistes), comme l’explique la chercheuse Ligaya Mishan dans son article « The Long and Tortured History of Cancel Culture » 20. Dans ce qui est appelé désormais digital activism, la linguiste Anne Charity Hudley perçoit même la survivance d’une pratique ancienne, propre aux communautés noires, celle des boycotts dans le sud des États-Unis, à commencer par celui des bus de Montgomery (1955-1956). Elle l’inscrit, par conséquent, dans la continuité des Civil Rights et de leurs tactiques de contestation21.

La cancel culture se différencie alors de la call out ou outrage culture, qui la précède dans des forums internet et qui appelle à des actions punitives contre des personnalités tombées en disgrâce22. Il est intéressant de noter que la call out culture est elle-même une réaction à Gamergate, la première action collective et organisée de harcèlement et de menaces contre une femme sur Internet23. À la source de cette culture du call out se trouve donc une réaction à un phénomène sexiste. Quels que soient les moyens d’action, tous ces mouvements naissent dans les méandres d’Internet, des forums et des réseaux sociaux. Néanmoins, lorsqu’elles arrivent sur les campus universitaires, ces pratiques ont glissé de forums contestataires vis-à-vis des pouvoirs en place vers un groupe restreint, privilégié, celui qui a pu accéder à l’université – groupe d’autant plus privilégié aux États-Unis, où les frais universitaires sont très élevés. La cancel culture, elle, se retrouve alors dépossédée de ses racines noires et du contexte culturel de son apparition pour être happée par une partie de la majorité blanche qui fréquente les universités aux États-Unis et en Europe.

Les réseaux sociaux, un espace démocratique ?

Il convient aussi de s’interroger sur cet espace pseudo démocratique qu’est Internet. Ce qui est représenté ou pensé comme une agora égalitaire est, en fait, et ce, de manière croissante à partir des années 2010, bien souvent un conglomérat de différentes entreprises lucratives (Twitter, Reddit, Tumblr, Twitch, Facebook, etc.), où des algorithmes mettent en avant les propos les plus polémiques, où des robots enveniment les débats et où la modération répond aux critères de l’entreprise, comme le remarque très justement Arnaud Bernardet dans son article « De quoi la cancel culture est-elle le nom24 ? » :

Il est impossible néanmoins de comprendre la cancel culture sans cette circulation de la parole, dont l’horizontalité serait un signe définitif de démocratisation. […] [I]l n’y a de réappropriation possible de l’espace public et de redistribution des voix dans cet espace au moyen des médias sociaux que dans le périmètre lui-même assigné par les industries de la communication. […] [L]’espace public est en réalité l’objet d’une concurrence d’abord économique entre des entreprises qui tendent à le découper et à y assurer leur contrôle, voire leur monopole […]25.

Toutefois, l’espace d’Internet a longtemps été un espace de liberté égalitaire avant de devenir un espace de capitalisme monopoliste et hyper privatisé26. C’est avec cette vision que les internautes s’en sont emparés lors de ces guerres culturelles. Aussi est-il important de considérer les intentions et les motivations des utilisateurs.

Objectifs et motivations de la cancel-culture

En effet, si l’Internet n’est plus un lieu démocratique, il a un temps été utilisé en tant que tel. On connaît l’argument de gauche bien souvent énoncé selon lequel la cancel culture n’a jamais eu de conséquences matérielles sur les « cancelé‧es », qu’il n’y a eu que très peu de licenciements définitifs ou n’ayant pas été révoqués, et autres bouleversements imposés aux « cancelé‧es », que l’hégémonie n’a pas été ébranlée par cette culture, et qu’il s’agit d’une manifestation qui stabilise le pouvoir par les efforts réformistes d’un peuple (autoproclamé) ; ces discours ambiants permettraient aux entreprises de mettre en place des campagnes de communication qui leur donnent des apparences d’ouverture à la diversité, plutôt que d’avancées révolutionnaires. Cela dit, on ne peut nier que l’exécution des « annulations » se fait parfois au moyen de méthodes douteuses sur le plan éthique27. Il nous semble intéressant d’en identifier les causes. En effet, l’existence même du phénomène suggère qu’une partie de la population souffre de ne pas être entendue et de ne pas avoir la possibilité de s’exprimer face aux détenteurs du pouvoir, comme le souligne le chercheur canadien Francis Dupuis-Déri dans Panique à l’université – Rectitudes politiques, wokes et autres menaces imaginaires28:

Pour sa part, le néomarxiste Herbert Marcuse a développé une thèse célèbre au sujet de la “tolérance répressive”. Il rappelle que la société réelle n’a rien d’une société idéale où tout le monde pourrait s’exprimer sur un pied d’égalité. Au contraire, certaines voix ont beaucoup plus de force que d’autres en raison d’une position dominante ou d’un statut privilégié, de l’accès inégal à des ressources matérielles et symboliques ou du pouvoir de certains médias publics et (surtout) privés29.

En effet, les cas « d’annulations » de personnes accusées de violences sexuelles, par exemple, peuvent être liées à un désarroi face aux manquements de la justice et de l’exécutif dans la prise en charge des victimes30.

Quant aux « cancels » d’enseignant‧es, ils s’insèrent, comme le mentionne Francis Dupuis-Déri, dans une longue tradition du chahut de professeur‧es, qui remonterait au moins aux années 1970 et aux événements de mai 1968 et qui elle-même serait l’expression d’une contestation du pouvoir des professeur‧es par les étudiant‧es31. Toutefois, aujourd’hui, dans le contexte de l’extrême précarisation que connaît l’Université, il faut espérer que les personnes visées par ces chahuts soient bien des fonctionnaires et non pas des personnes sous contrat précaire dont un tel chahut pourrait menacer la carrière ou la titularisation. Dans un tel cas de figure, les étudiant‧es détiennent un pouvoir matériel plus important sur l’enseignant‧e que l’inverse.

Une nouvelle censure ? Comparaison entre la France, l’Allemagne et les États-Unis

En Allemagne, la fondation du journal Zeit, Bucerius a engagé le Deutsches Zentrum für Hochschul- und Wissenschaftsforschung (DZHW), centre allemand de recherche épistémologique et universitaire, pour enquêter auprès d’environ 9000 professeurs, postdoctorant⸳es et doctorant‧es travaillant dans les universités allemandes au sujet d’éventuelles censures auxquelles elles ou ils seraient confronté·es32. Les résultats de l’enquête indiquent qu’il y a de possibles dérives autoritaristes à gauche, comme à droite : 35% des enquêté‧es qui s’identifient comme étant à la gauche du centre estiment qu’on ne devrait pas pouvoir se soustraire au langage inclusif (41% des femmes enquêtées le pensent aussi), alors que 24% des enquêté‧es qui s’identifient comme étant à la droite du centre aimeraient interdire les études de genre. Toutefois, la plus grande censure semble imposée par le système de la recherche elle-même : les jeunes chercheurs‧euses allemand‧es dépendent fortement de leurs professeur‧es, et ce, jusqu’après la thèse. Ainsi l’originalité de leur pensée n’est pas mise en avant, ils doivent souvent s’aligner sur le sujet de leurs directeurs‧trices et dépendent davantage d’elleux en cas de publication33. De plus, le système de financement de la recherche allemande, comme le système états-unien, repose lourdement sur le financement par un tiers : ceci implique bien souvent que les sujets de thèse sont imposés par l’extérieur (fondations, entreprises, etc.) et qu’il s’agit pour les doctorant‧es et post-doctoctorant‧es de s’aligner sur les valeurs de ces financeurs, ce qui restreint, de fait, massivement la liberté de la recherche34. Au-delà des financements, l’étude aborde aussi la pression d’une normativité des idées exercée sur les enseignant‧es et chercheur‧euses, telle qu’on pourrait la subir dans une certaine cancel ou call out culture : ainsi, 1,7% des enquêté‧es ont dû reporter ou annuler un cours parce qu’on a exercé une pression sur elleux ou qu’iels avaient peur de représailles. La liberté d’expression ne semble donc pas massivement menacée en Allemagne et, si elle l’est, il s’agit probablement de fluctuations historiques (comme en 1968 par exemple) ou d’une restructuration de l’université qui tend à se rapprocher du modèle nord-américain en se rendant dépendante de financements privés, voire d’une forme de censure d’État.

Si la tendance va dans la même direction en France, l’université est encore largement financée par l’État, et c’est donc lui qui peut la menacer d’une forme de censure, plus que des entreprises privées, même si le financement par des tiers et les contrats doctoraux de droit privé (type CIFRE) augmentent. En ce qui concerne une possibilité de censure de certaines problématiques scientifiques ou de contrôle accru de l’État sur l’Université française, le colloque « Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture » peut interroger. Tenu en Sorbonne le 7 janvier 2022, il a été introduit par le ministre de l’Éducation de l’époque, Michel Blanquer35. Ce même ministre avait aussi évoqué en octobre 2020 « les ravages à l’université de l’islamogauchisme36 ». La ministre de l’Enseignement et de la Recherche Frédérique Vidal avait repris le terme en 2021 en annonçant « demander une enquête au CNRS sur l’islamo-gauchisme qui gangrène l’université37 ». L’enquête n’a en réalité jamais été lancée, mais le débat a eu des conséquences réelles : ainsi, une liste de 600 chercheurs‧euses répertorié‧es comme « islamogauchistes » a été publiée par un soutien d’Éric Zemmour, exposant ces scientifiques et enseignant‧es à des menaces de l’extrême droite38. Si la ministre n’a pas donné suite à son idée d’enquête, une liste recensant les universitaires « islamo-gauchistes » a été publiée, encourageant une forme d’intimidation.

En Allemagne, un cas similaire a eu lieu lors de ce qu’on appelle la « Fördergeldaffaire » – l’affaire des subventions : dans le contexte de la guerre à Gaza, des étudiant‧es de l’Université libre de Berlin (FU) ont tenté d’occuper une cour du campus le 9 mai 2024 et ont été expulsés et arrêtés par la police sur ordre de la Présidence de l’Université. Cela a amené 400 enseignant‧es à écrire une lettre ouverte dans laquelle était dénoncé le manque d’espace pour l’échange d’idées en raison de l’intervention des forces de l’ordre39. La ministre de la Recherche de l’époque, Bettina Stark-Watzinger, a réagi en demandant à son ministère s’il ne faudrait pas « tirer des conséquences subventionnaires » (förderrechtliche Konsequenzen) face aux signataires de la lettre, pour ce qu’elle interprétait comme une mobilisation antisémite, parce qu’ouverte à la critique envers Israël. Ici, l’État a voulu réprimander financièrement des enseignant‧es et chercheur‧euses, menaçant ainsi les quelques recherches qui sont encore prises en charge par des fonds publics en Allemagne. L’affaire a toutefois fait scandale dans l’opinion publique et la presse allemande, suite à quoi la ministre a fait retomber la faute sur sa secrétaire d’État et l’a licenciée dans la foulée, même si le journal Zeit a consulté des documents indiquant la participation active de la ministre dans cette initiative. Au final, le scandale a pris une telle ampleur que les conséquences financières n’ont pas été mises en œuvre. Néanmoins, cette affaire démontre bien que la censure susceptible de frapper les universités allemande et française est double : par les entreprises et fondations en cas de financements par moyens tiers et par le gouvernement lorsque les moyens de financement sont publics. Il n’y a pas de garantie que ces tentatives de censure et d’intimidation fassent toujours scandale dans le futur. Que l’université ait de grands principes d’indépendance et de liberté ne lui permet pas toujours de résister aux pressions liées à sa dépendance vis-à-vis des entreprises et de l’État. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les deux tentatives de censure idéologique par les ministres, en France et en Allemagne, ont été à l’initiative de politiciennes néolibérales40.

Sur les campus américains, de grandes inquiétudes s’expriment actuellement face au gouvernement, notamment sur les campus de Columbia et d’Harvard. Ainsi, l’actuel président Donald Trump a retiré 400 millions de dollars de financements étatiques à Columbia et promis de les restituer si l’université, accusée d’être impliquée dans des affaires d’antisémitisme, mettait, entre autres, sous séquestre académique son département d’études du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie du Sud41. Quant à Harvard, les fonds examinés pour coupe budgétaire le 31 mars 2025 s’élèvent à 9 milliards de dollars. Les journalistes de Libération résument la situation ainsi42 :

En guerre contre les universités, que Donald Trump juge « contrôlées par de fous marxistes » et gangrenées par le « wokisme », l’administration avait réclamé en mars que Harvard se soumette à un plan de réformes, qui devait passer notamment par la fin des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion sur les campus et un « audit » des opinions des étudiants et du corps enseignant. Mi-avril, fort de ses moyens financiers exceptionnels (elle dispose d’un fonds de dotation de 53 milliards de dollars), l’établissement avait refusé. La Maison Blanche, en guise de représailles, avait annoncé le gel de plus de deux milliards de subventions fédérales. Donald Trump avait aussi menacé de supprimer les avantages fiscaux dont bénéficie Harvard43.

En effet, dès le 11 avril, le gouvernement envoie une liste de demandes à l’université dont celle, un peu floue, d’examiner les dossiers des étudiant‧es étranger‧es au vu de ce que l’administration appelle des « déloyautés » vis-à-vis des États-Unis44. Jeudi 22 mai, la demande se clarifie : interdiction pour l’université d’accueillir des étudiant‧es étranger‧es, qui constituent 27% du corps étudiant de l’institution45. Dès le lendemain, un juge fédéral suspend la décision gouvernementale46.

S’il existe bien une cancel-culture, il est difficile de prouver qu’il s’agit d’un phénomène nouveau. Toutefois, on constate qu’elle a tendance majoritairement à monter du bas vers le haut, pour contester des normes (quitte à en instaurer de nouvelles) et à forcer les « dominant‧es » à admettre un changement de paradigme politique, qui se diffuse dans les champs de la recherche, mais aussi de la création, de l’information, de l’économie : certains comportements discriminants ne peuvent plus être tolérés et considérés comme ordinaires. La censure d’État (que ce soit par des coupes budgétaires qui visent à empêcher certaines recherches, la clôture de départements, la fusion d’universités et autres mesures menaçant des disciplines jugées mineures, non rentables ou idéologiquement trop marquées, etc.) est également ancienne, mais représente un bien plus grand danger pour la liberté d’expression et de recherche, d’autant que s’y ajoute désormais la censure par les investisseurs privés47. Dans un contexte où les extrêmes droites gagnent du pouvoir partout dans le monde, il convient d’observer leurs politiques culturelles marquées par la censure, les coupes budgétaires, les procès en justice et la pratique de l’intimidation48. La menace de censure de demain ne paraît pas venir de quelques étudiant‧es, militant‧es ou artistes dissident‧es, mais bien de pouvoirs politiques, économiques, médiatiques, à savoir de ceux qui détiennent les moyens de production et de communication.

Conclusion

La cancel culture peut viser les universités, mais aussi impliquer le renversement de statues (coloniales, par exemple) et leur remplacement par d’autres figures historiques, la transformation de noms de rue, etc. Dans le contexte géopolitique actuel, les implications réelles, matérielles (notamment par les actions de boycott), de ce phénomène semblent largement ancrées dans les années 2015 à 2020, avec une résurgence dans les années #Metoo et un climax à l’été 2020 dans le contexte des manifestations réagissant à l’assassinat policier de George Floyd. La droite politique et intellectuelle s’empare alors massivement de cette expression comme étendard « anti-woke », peut-être aussi afin d’endiguer un mouvement qui prend de l’ampleur. De nos jours, la censure semble venir des structures de pouvoir (l’État représenté par les maires, députés, ministre, etc.) autant, sinon plus, que des réseaux sociaux. S’ils semblent éloignés, les moyens de la censure se rejoignent néanmoins : le boycott de commerces, par exemple, n’est autre que la soustraction de moyens financiers à une entreprise critiquée. De même, une des formes actuelles de censure d’État est la rétention de subventions. Plus inquiétants encore sont les appels à répertorier les personnalités qui ne seraient pas conformes à la ligne idéologique du parti au pouvoir. La cancel culture a pu développer des pratiques similaires, néanmoins, au vu de la tendance à interdire les programmes favorisant la « diversité » aux États-Unis, on peut aujourd’hui partir du principe que les acteurs du phénomène de la cancel-culture, du moins aux États-Unis, vont faire face à une précarité croissante, avec des conséquences bien plus graves que celles qu’ils auraient pu eux-mêmes provoquer.

Note de fin

1 Voir pour les exemples les plus cités : - Groupe de 153 signataires universitaires « A Letter on Justice and Open Debate », Harper’s Magazine, 7 juillet 2020, en ligne : https://harpers.org/a-letter-on-justice-and-open-debate/, consulté le 1er mai 2025. - Et en France : MURAT, Laure « La “cancel culture”, dernier recours d’une population sans autre voix que l’Internet », Le Monde, 1er août 2020, en ligne : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/01/la-cancel-culture-c-est-d-abord-un-immense-ras-le-bol-d-une-justice-a-deux-vitesses_6047867_3232.html, consulté le 7 mai 2025. HEINICH, Nathalie « La “cancel culture” est la conséquence du sous-développement juridique nord-américain », Le Monde, 7 août 2020, en ligne : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/07/la-cancel-culture-est-la-consequence-du-sous-developpement-juridique-nord-americain_6048344_3232.html, consulté le 1er mai 2025. FASSIN, Éric « Faire honte, c’est discréditer des valeurs pour en accréditer d’autres, plus démocratiques », Le Monde, 20 août 2020, en ligne : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/20/eric-fassin-faire-honte-c-est-discrediter-des-valeurs-pour-en-accrediter-d-autres-plus-democratiques_6049405_3232.html, consulté le 1er mai 2025.

2 ASSOULY, Julie, La cancel culture. Des États-Unis à la France, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2022 ; LUSSIER, Judith, Annulé [e]. Réflexions sur la cancel culture, Montréal, Éditions Cardinal, 2021 ; MURAT, Laure, Qui annule quoi ? Sur la cancel culture, Paris, Seuil-Libelle, 2022 ; DUPUIS-DÉRI Francis, Panique à l’université. Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires, Montréal, Lux, 2022.

3 WONG, Ryan S.C., « Revisiting Cancel Culture », in GHAZIANI, Amin et ABRUTYN, Seth, ed(s), Contexts : Visions and Transformations, University of British Columbia, American Sociological Association, 21(4), Automne 2002, p. 69-73 en ligne : https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/15365042221131087, consulté le 1er mai 2025.

4 BERNADET, Arnaud « De quoi la cancel culture est-elle le nom ? », in DEL POZO, José et DORAIS, Geneviève dirs., Bulletin d'histoire politique : Québec-Chili, 1973-2023 : mémoire d’un coup d’État et d’une expérience de solidarité, Association québécoise d'histoire politique et VLB éditeurs, Montréal, volume 31, numéro 1-2, été–automne 2023, p. 266–286.

5 Les auteurs de la section ProCon, « Cancel Culture », Encyclopedia Britannica, 21-III-2025, en ligne : https://www.britannica.com/procon/cancel-culture-debate, consulté 6 mai 2025.

6 Le comité d’un dictionnaire australien.

7 PETELIN, Roselyn, « Cancel culture, cleanskin, hedonometer … I’m not sure I like any of Macquarie Dictionary’s words of the year », in The Conversation, 2-XII-2019, en ligne : https://theconversation.com/cancel-culture-cleanskin-hedonometer-im-not-sure-i-like-any-of-macquarie-dictionarys-words-of-the-year-128109, consulté le 1er mai 2025.

8 SY, Stephanie et BROWN, Jeffrey, « ‘Cancel culture’ debate bubbles up in politics and beyond », PBS News : Canvas Arts and Culture, 25-VIII-2020, en ligne : https://www.pbs.org/newshour/show/cancel-culture-debate-bubbles-up-in-politics-and-beyond, consulté le 1er mai 2025.

9 SARRAZIN, Thilo, Deutschland schafft sich ab (L’Allemagne disparaît/ s’annule), München, Deutsche Verlags-Anstaltin der Verlagsgruppe Random House GmbH, 2010. Et CAMUS, Renaud, Le Grand Remplacement – Introduction au remplacisme global, Paris, éditions David Renharc, 2010.

10 ROMANO, Aja, « Why we can’t stop fighting about cancel culture » in Vox, 25-VIII-2025, en ligne : https://www.vox.com/culture/2019/12/30/20879720/what-is-cancel-culture-explained-history-debate, consulté le 1er mai 2025.

11 VAN PEEBLES, Mario, New Jack City, 1991, scénario : WRIGHT, Thomas Lee,
COOPER, Barry Michael, Jacmac Films et Warner Brothers.

12 Ibid.

13 Ibid.

14 Ibid. et MISHAN, Ligaya, « The Long and Tortured History of Cancel Culture » in New York Times Magazine, 3-7-2020, en ligne : https://www.nytimes.com/2020/12/03/t-magazine/cancel-culture-history.html?, consulté le 1er mai 2025.

15 Voir à ce propos les travaux de Musa AL-GHARBI et son livre We Have Never Been Woke : The Cultural Contradictions of a New Elite, New Jersey, Princeton University Press, 2024.

16 Ma traduction. Texte original : « Ein symbolischer Kapitalist ist ein Mensch, der sein Geld mit dem Kopf verdient, der mit Ideen, Abstraktionen, Symbolen und Rhetorik handelt, anstatt physische Waren und Dienstleistungen für Menschen bereitzustellen. Wir reden über Menschen, die in Bereichen wie Medien, Bildung, Kunst, Unterhaltung, in der Finanzbranche, im Tech-Sektor, in der Wissenschaft und so weiter arbeiten. […] Wir verdienen unser Geld im Wesentlichen mit dem, was wir wissen, oder durch unsere Position in Netzwerken. […] Wenn Trumps Anhänger die symbolischen Kapitalisten als "woke elites" bezeichnen, dann treffen sie damit durchaus eine Wahrheit. Die Menschen, die am ehesten "woke" Ansichten vertreten, sind in der Tat oft Menschen mit hohem Bildungsstand, relativ wohlhabend, Stadt- und Vorstadtbewohner, oftmals auch weiß. Wokeness ist nicht charakteristisch für innerstädtische Brennpunkte oder die abgehängte Provinz. » VON KITTLITZ, Allard, « Woke », Die Zeit, 14-XII-2024, en ligne : https://www.zeit.de/zeit-magazin/2024/53/wokeness-linke-elite-soziologie-musa-al-gharbi, consulté le 21 mai 2024.

17 ROMANO, Aja, « Why we can’t stop fighting about cancel culture », op. cit.

18 Ibid.

19 MISHAN, Ligaya, « The Long and Tortured History of Cancel Culture », op. cit.

20 Ibid.

21 Ibid.

22 Ibid. et ROMANO, Aja, « Why we can’t stop fighting about cancel culture », op. cit.

23 WARZEL, Charlie, « How an Online Mob Created a Playbook for a Culture War », The New York Times, 15-VIII-2019, en ligne : https://www.nytimes.com/interactive/2019/08/15/opinion/what-is-gamergate.html, consulté le 5 mai 2025 et KIRSCHEN Marie « L'affaire de cyberharcèlement du Gamergate », France Inter Affaires Sensibles, 17-XII-2025, en ligne : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mardi-17-decembre-2024-1149848, consulté le 1er mai 2025.

24 BERNADET, Arnaud, « De quoi la cancel culture est-elle le nom ? », op. cit.

25 Ibid.

26 SMYRNAIOS, Nikos, « L’Internet libre et gratuit, c’est bien fini », La revue des médias, Ina, 22 mai 2017, en ligne : https://larevuedesmedias.ina.fr/linternet-libre-et-gratuit-cest-bien-fini, consulté le 3 mai 2025.

27 Voir l’ensemble du livre de DUPUIS-DÉRI, Francis, Panique à l’université – Réctitudes politiques, wokes et autres menaces imaginaires, LUX Éditeurs, Montréal, 2022.

28 Ibid.

29 MARCUSE, Herbert, Tolérance répressive, suivi de Quelques conséquences sociales de la technologie moderne, Paris, Homnisphères, coll. « Horizon critique », 2008 [1964].

30 La journaliste récapitule ainsi les chiffres des affaires de violences sexuelles et conjugales classées sans suite :

« S’il existe des points communs dans toutes ces affaires, la publication, en observant les évolutions sur dix ans, éclaire aussi les différences importantes de trajectoires. Ainsi, les violences conjugales, véritable contentieux de masse devenu au fil des années un enjeu majeur des politiques pénales, voient leur taux de classement sans suite diminuer sensiblement ; de 76 % en 2016, il est passé à 67 % en 2020. Dans le même temps, la part de viols classés est, elle, passée de 82 % en 2012 à 94 % en 2020. » CORDIER, Solène, « Violences sexuelles : 86 % de classements sans suite », in Le Monde, 3-IV-2024, en ligne : https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/04/03/violences-sexuelles-86-de-classements-sans-suite_6225743_3224.html.

31 DUPUIS-DÉRI Francis, Panique à l’université – Réctitudes politiques, wokes et autres menaces imaginaires, op. cit.. Notons néanmoins que ces propos n'engagent que son auteur et que comme l'a souligné Arnaud Bernardet, Francis Dupuis-Déri ne fait pas toujours preuve d'honnêteté intellectuelle sur ce sujet.

32 AGARWALA, Anant, SCHOLZ, Anne-Lena, Spiewak, Martin, « Die wichtigsten Fragen », in Die Zeit, 10-X-2024, en ligne : https://www.zeit.de/2024/43/cancel-culture-druck-gesellschaft-forschung-faq#wuerden-wissenschaftler-bestimmte-vortraege-absagen-lassen.

33 RÖDDER, Andreas, « Keine Cancel-Culture? Das ist Verharmlosung », Die Zeit, 16-XI-2024, en ligne :

https://www.zeit.de/2024/48/wissenschaftsfreiheit-zensur-ausgrenzung-politik-unabhaengigkeit.

34 Ibid.

35 BLIN, Simon, « À la Sorbonne et l’ENS, un colloque pour déconstruire les idées reçues sur la ‘déconstruction’ », in Libération, 16-I-2021, en ligne : https://www.liberation.fr/idees-et-debats/a-la-sorbonne-et-lens-un-colloque-pour-deconstruire-les-idees-recues-sur-la-deconstruction-20230116_65ZFWIVVCBH2VM7V3IZKFIHL7Y/, consulté le 1er mai 2025.

36 LE NEVÉ, Souazic, « Enquête sur « l’islamogauchisme » à l’université : histoire d’une vraie fausse annonce », in Le Monde, 29-III-2023, en ligne : https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/03/29/enquete-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite-histoire-d-une-vraie-fausse-annonce_6167488_3224.html, consulté le 1er mai 2025.

37 LE NEVÉ, Soazic, « Frédérique Vidal lance une enquête sur « l’islamogauchisme » à l’université », in Le Monde, 16 février 2021, en ligne : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/16/frederique-vidal-lance-une-enquete-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite_6070195_3224.html, consulté le 15 mai 2025.

38 SURRANS, Rémi, « Il publie une liste de 600 chercheurs qu'il accuse d'être "Islamo-gauchistes" : la justice le condamne pour diffamation », in France 3 Régions, 23-XI-2023, en ligne : https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/il-publie-une-liste-de-600-chercheurs-qu-il-accuse-d-etre-islamo-gauchistes-la-justice-le-condamne-pour-diffamation-2877491.html, consulté le 3 mai 2025.

39 Collectif « Statement von Lehrenden an Berliner Universitäten », début mai, en ligne : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfVy2D5Xy_DMiaMx2TsE7YediR6qifxoLDP1zIjKzEl9t1LWw/viewform, consulté le 1er mai 2025.

40 Frédérique Vidal avait aidé à élaborer le programme d’Emmanuel Macron, alors que Bettina Stark-Watzinger a fait remplacer l’ensemble du ministère de la Recherche par des membres de son parti en demandant allégeance aux valeurs du FDP. Voir MARTIN, Julien, « 10 choses à savoir sur Frédérique Vidal, la ministre qui a lancé la polémique sur « l’islamogauchisme » », in Le Nouvel Obs, 23-II-2021, en ligne : https://www.nouvelobs.com/politique/20210223.OBS40551/10-choses-a-savoir-sur-frederique-vidal-la-ministre-qui-a-lance-la-polemique-sur-l-islamo-gauchisme.html, consulté le 1er avril 2025. Et SCHOLZ, Anna-Lena, et SPIEWAK, Martin, « Gefährdet diese Ministerin die Freiheit der Wissenschaft? », in Die Zeit, 19-VI-2024, en ligne : https://www.zeit.de/2024/27/bettina-stark-watzinger-bildungsministerin-ruecktritt-foerdergeld-affaere/komplettansicht, consulté le 1er avril 2025.

41 EISGRUBER, Christopher L., « The Cost of the Government’s Attack on Columbia », in The Atlantic, 19-III-2025, en ligne : https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2025/03/columbia-academic-freedom/682088/, consulté le 1er mai 2025. Et HELLER, Nathan, « Will Harvard Bend or Break? », in The New Yorker, 3-III-2025, en ligne : https://www.newyorker.com/magazine/2025/03/10/will-harvard-bend-or-break, consulté le 1er mai 2025.

42 RAVIER-REGNAT, Samuel, et CHAVANCE, Lily, « Sanction contre les étudiants étrangers à Harvard : Trump menace, l’université contre-attaque », in Libération, 23-V-2025, en ligne : https://www.liberation.fr/international/amerique/sanction-contre-les-etudiants-etrangers-a-harvard-trump-menace-luniversite-contre-attaque-20250523_VKFRMUP43VAMFHMDF447N7DSWU/, consulté le 25 mai 2025.

43 Ibid.

44 HOROWITCH, Rose, « Trump Finally Drops the Anti-Semitism Pretext », op. cit.

45 SANHES, Margot, « Trump contre Harvard : ‘Priver une université de ses étudiants étrangers, c’est menacer l’entièreté du modèle américain’ », in Libération, 24-V-2025, en ligne : https://www.liberation.fr/international/amerique/trump-contre-harvard-priver-une-universite-de-ses-etudiants-etrangers-cest-menacer-lentierete-du-modele-americain-20250524_J4OAFH3T4RHWDKWAM4KHNRR4EE/, consulté le 26 mai 2025.

46 RAVIER-REGNAT, Samuel et CHAVANCE, Lily, « Sanction contre les étudiants étrangers à Harvard : Trump menace, l’université contre-attaque », op. cit.

47 NASELLI, Adrien, « Universités : vers une disparition de la philosophie dans le quart nord de la France ? », in Libération, 6-III-2025, en ligne : https://www.liberation.fr/idees-et-debats/universites-vers-une-disparition-de-la-philosophie-dans-le-quart-nord-de-la-france-20250306_77ZKRPRSZRE3FBYUKFO4BIGKIQ/, consulté le 1er mai 2025. Et BENZ, Stéphanie, « Suppression du Hcéres : cette alliance entre le RN et LFI qui pose question », in L’Express, 6-V-2025, en ligne : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/suppression-du-hceres-cette-alliance-entre-le-rn-et-lfi-qui-pose-question-VDVR54UWTVAHTEXCO2KTWLNCBQ/?cmp_redirect=true, consulté le 15 mai 2025.

48 LAUDENBACH, Peter, « Dringend gesucht: neue Feindbilder », in Süddeutsche Zeitung, 25-X-2024, en ligne : https://www.sueddeutsche.de/kultur/afd-bauhaus-feindbilder-lux.DuBpmiJKo36ijDEhTD8QE1?., consulté le 3 mai 2025. Et pour la France : GUILLON, Vincent, « La culture à l’épreuve de l’extrême droite : des discours au passage à l’acte », in Observatoire des politiques culturelles, 26-VI-2024, en ligne : https://www.observatoire-culture.net/culture-epreuve-extreme-droite-discours-passage-acte/ et NÉGRIER Emmanuel « Quelle place pour la culture dans le programme du RN ? », in The Conversation, 19-VI-2024, en ligne : https://theconversation.com/quelle-place-pour-la-culture-dans-le-programme-du-rn-232730, consulté le 1er mai 2025.

Citer cet article

Référence électronique

Laurence Schnitzler, « Cancel culture : une nouvelle censure ? Rétrospective sur une guerre idéologique  », Plasticité [En ligne], 6 | 2025, mis en ligne le 23 juin 2025, consulté le 15 mars 2026. URL : http://interfas.univ-tlse2.fr/plasticite/1138

Auteur

Laurence Schnitzler

Docteure en études théâtrales, ATER en section d’Allemand de l’Université Toulouse Jean Jaurès.