De la fin de l’utopie à une nouvelle narration patriotique : deux écritures de la « soviétodicée » dans la littérature de l’ère poutinienne
- From the End of the Utopia to a New Patriotic Narrative: Two Writings of the “Sovietodicy” in Putin-era Literature
- От конца утопии к новому патриотическому нарративу: два примера «совиетодицеи» в литературе путинской эпохи
DOI : https://doi.org/10.66488/bvjk9083
p. 113-134
Ce document sera publié en ligne en texte intégral en novembre 2026.
Résumés
Cet article propose une analyse comparée des romans La justification (2001) de Dmitri Bykov et L’archipel des Solovki (2014) de Zakhar Prilepine. Malgré d’importantes différences, les deux œuvres mettent en scène une tentative de justification du phénomène concentrationnaire soviétique. Cette intention semble résonner avec les discours de certains détenus communistes du Goulag, pour qui la recherche d’une explication du mal coïncidait avec la volonté de disculper le Parti. C’est à cette logique que renvoie le néologisme de « soviétodicée », introduit en analogie avec la notion de théodicée. L’étude de ces deux romans, écrits par des auteurs revendiquant leur attachement à l’héritage idéologique communiste, éclaire l’évolution de cette narration dans la Russie post-soviétique. Si les deux romans aboutissent à un échec similaire dans leur tentative de justifier la violence, leur étude comparée fait néanmoins apparaître deux approches opposées : là où le roman de D. Bykov se termine par le constat d’une désillusion, chez Z. Prilepine cet échec déclenche l’élaboration d’un récit patriotique en phase avec les stratégies mémorielles du régime de V. Poutine.
The article presents a comparative analysis of Dmitry Bykov’s The Justification (2001) and Zakhar Prilepin’s The Abode (2014). Despite their differences, both works depict attempts to justify the violence of the Soviet regime. This intention seems to resonate with the discourses of communist prisoners in the Gulag, for whom the search for an explanation of evil coincided with the desire to exonerate the Party. The neologism “sovietodicy”, introduced in analogy with the concept of theodicy, refers to this logic. The study of these two novels—written by authors who explicitly claim adherence to the ideological legacy of communism—sheds light on the evolution of such narratives in post-Soviet Russia. While in both novels the attempt to justify violence ends in failure, their comparative analysis highlights two divergent approaches: whereas D. Bykov’s novel culminates in the recognition of a lost utopia, Z. Prilepin reinterprets this failure into a patriotic narrative aligned with the memory policies of the Putin regime.
Статья предлагает сравнительный анализ романов Дмитрия Быкова «Оправдание» (2001) и Захара Прилепина «Обитель» (2014). Несмотря на различия, обе книги изображают попытки оправдать насилие, осуществлённое советским режимом. Этот нарратив перекликается с высказываниями некоторых коммунистов, прошедших через ГУЛАГ, для которых поиск объяснения зла совпадал с желанием оправдать Партию. К этой логике относится неологизм «совиетодицея», введённый по аналогии с понятием теодицеи. Анализ этих двух романов, написанных авторами, открыто заявляющими о своей приверженности левым взглядам, позволяет прояснить трансформации этого нарратива в постсоветской России. Хотя в обоих произведениях попытка оправдать насилие завершается неудачей, их сопоставление выявляет два противоположных подхода: если роман Быкова заканчивается признанием утраченной утопии, то Прилепин переосмысляет это поражение в рамках патриотического нарратива, который резонирует с мемориальной политикой путинского режима.
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Référence électronique
Domenico Scagliusi, « De la fin de l’utopie à une nouvelle narration patriotique : deux écritures de la « soviétodicée » dans la littérature de l’ère poutinienne », Slavica Occitania [En ligne], 63 | 2026, mis en ligne le 20 novembre 2026, consulté le 16 octobre 2026. URL : https://interfas.univ-tlse2.fr/slavicaoccitania/5222. DOI : https://doi.org/10.66488/bvjk9083
Auteur
Domenico Scagliusi
Domenico Scagliusi est doctorant à Eur’Orbem (Sorbonne Université/cnrs), sous la direction de Luba Jurgenson et d’Hélène Mélat. Il est également co-coordinateur de l’axe « Histoire, mémoire et arts » du collectif de recherche coruscant. Dans sa thèse, il étudie la mémoire du Goulag dans la littérature russophone contemporaine et il s’intéresse, en particulier, à la figure de « l’héritier », vecteur d’une réflexion sur le rapport au passé soviétique dans la Russie contemporaine. Sa publication la plus récente s’intitule « Les manuscrits interdits. “Archéologie” de la mémoire familiale dans la littérature russe contemporaine » (Zapretnye rukopisi. “Arxeologija” semejnoj pamjati v sovremennoj russkoj literature), nlo, 193/3, 2025.
